Aimé Césaire

Césaire & Picasso : Corps perdu, histoire d'une rencontre, éd. présentée et commentée par Anne Egger

HC éditions

Paris, 2011

bibliothèque insulaire

   
Martinique
peintres des îles
parutions 2011
Césaire & Picasso : Corps perdu, histoire d'une rencontre / Aimé Césaire ; gravures de Pablo Picasso ; éd. présentée et commentée par Anne Egger. - Paris : HC éditions, 2011. - 111 p. : ill. ; 29 cm.
ISBN 978-2-357200-61-6
ANNE EGGER : (...)

Césaire et Picasso se rencontrent au Congrès mondial des intellectuels pour la paix et la libre circulation des inventions et découvertes qui se déroule à Wroclaw (Pologne) du 25 au 28 août [1948].
(…)
C'est en 1949 que la parole de Césaire est enluminée par Picasso. Des poèmes écrits, entre Paris et la Martinique, dans le contexte d'une (…) grande implication politique. Ils sont encore imprégnés de ce réel merveilleux inhérent à la Caraïbe, mais tendent à une poésie plus concrète, sinon visuelle. La violence des recueils précédents s'atténue. Ce qui ne l'empêche pas de rappeler qu' « être noir, c'est être pire que le curare, laid comme tout pouacre de parasites », en pensant à la bonne société de son île qui refuse encore toute association avec l'Afrique ou la négritude. Il s'agit aussi pour Césaire de traduire l'identité martiniquaise, de revitaliser la nature, de re-personnaliser l'homme.
(…)
Picasso qui travaille habituellement en pleine liberté prend soin ici de se plonger dans l'univers poétique de Césaire, tout à la fois luxuriant et débridé, pour lui offrir quelques fétiches immémoriaux. Il donne raison à la remarque du poète : « Un poème ne se comprend pas, on se reconnaît en lui. » En écho à l'intolérable condition imposée au Noir, mi-homme, mi-bête que décrit Césaire, le peintre imagine des hybridations, hantées de femmes-fleurs, d'hommes-plantes, de sexes-racines. Partout les règnes se mélangent, peut-être inspirés par les mots rares de Césaire qui laissent toute liberté à l'imagination.
(…)
Deux imaginaires se rencontrent et, malgré des personnalités opposées, sinon antagoniques, malgré des parcours inverses, la magie opère dans Corps perdu. La poésie de Césaire résonne d'explosions volcaniques et d'éclosions végétales. Lui-même déclare : « Je suis effectivement obsédé par la végétation, par la fleur, par la racine. L'arbre profondément enraciné dans le sol, c'est pour moi le symbole de l'homme lié à sa nature, la nostalgie d'un paradis perdu. » Une folle luxuriance pour exalter les tropiques et le sort de ses concitoyens. Il crée des symboles pour ramener l'homme à des valeurs telluriques. Car, ajoute-t-il, « La faiblesse de beaucoup d'hommes est qu'ils ne savent pas devenir ni une pierre, ni un arbre. » Etrangement, les dessins de Picasso laissent entrevoir une réconciliation métaphorique des « genres », des « races » ; un monde baigné de la grande sève tropicale que Picasso ne connaît pas directement (…) mais qu'il cisaille, taille, cisèle d'après les mots de Césaire.

(…)

Rencontre du Volcan et du Minotaure, pp. 18-21

L'édition originale de « Corps perdu » paraît en 1950 aux éditions Fragrance (Paris) dans un tirage limité à 207 exemplaires ; les dix poèmes de Césaire sont accompagnés de trente-deux gravures de Picasso tirées par l'atelier de Roger Lacourière.
La présente réédition reproduit le texte et les gravures telles qu'ils figurent dans l'édition originale ; s'y ajoutent, outre l'introduction d'Anne Egger, un descriptif détaillé de l'édition originale, un relevé des modifications apportées par Césaire pour la reprise des dix poèmes dans Cadastre (1961), des notices biographiques et bibliographiques (Césaire et Picasso) et un glossaire des mots rares utilisés dans Corps perdu.
LES 10 POÈMES DE CORPS PERDU EN AUTANT D'ÉCLATS
MOT

................
le mot nègre

sorti tout armé du hurlement
d'une fleur vénéneuse
................
PRÉSENCE

................
et si j'avais besoin de vague ou de misaine
ou de la poigne phosphorescente
d'une cicatrice éternelle
................
LONGITUDE

................
et voici que cette terre plus haut que les mangliers
plus haut que les pâmoisons créoles des lucioles bleues
se mit à parler de manière fraternelle
................
ÉLÉGIE-ÉQUATION

................
la méditante mer
où mille ventres de femmes brunes
se gonflent à crever

des soubresauts d'enfants virides
................
CORPS PERDU

................
et par mes branches déchiquetées
et par le jet insolent de mon fût blessé et solennel

et par le je commanderai aux îles d'exister

NAISSANCES

................
ne soufflez pas les poussières
tout sera rythme visible
et que reprendrions-nous ?

pas même notre secret
................
AU LARGE

................
ce que chante le paysan c'est une histoire
de coupeur de cannes
table du diable
savane pétrifiée
................
TON PORTRAIT

................
car avec les lames neuves
je t'ai construite en fleuve

qui vénéneux

qui vers les rives saccadé

qui vers les rives en fleur triomphant

qui vers les rives en fleur de la mer
lance en balafre ma route mancenillière
................
SOMMATION

................
et quand l'Espace galope
qui me livre
le Temps revient et me délivre
................
DIT D'ERRANCE

................
or mieux qu'Antilia ni que Brazil
pierre miliaire dans la distance

ni que Corvo Miguel Terceire
épée d'une flamme qui me bourrelle
je suis soudain de Babiloine
j'abats les arbres du Paradis
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Corps perdu » gravures de Pablo Picasso, Paris : Ed. Fragrance, 1950
  • « Corps perdu » in Cadastre, Paris : Seuil, 1961
  • « Lost body = Corps perdu » ill. by Pablo Picasso, introduction and translation by Clayton Eshleman and Annette Smith, New York : George Braziller, 1986
  • « Corps perdu : et Picasso illustra Césaire », Fort-de-France : Association des amis du Musée régional d'histoire et d'ethnographie, 1993
  • « Œuvres complètes (vol. 1) Poèmes » éd. publiée sous la dir. de Jean-Paul Césaire, Fort-de-France : Ed. Désormeaux, 1976
  • « La poésie [Œuvres poétiques complètes] » éd. établie par Daniel Maximin et Gilles Carpentier, Paris : Seuil, 1994, 2006
  • « Poésie, théâtre, essais et discours » éd. critique coordonnée par Albert James Arnold, Paris : CNRS éditions, Présence africaine (Planète libre, 4), 2013
  • Clayton Eshleman, « Une lecture de Corps perdu », in Europe - numéro spécial Aimé Césaire sous la dir. de Jean-Michel Devésa, août-septembre 1998
  • Scarlett Jésus, « Corps perdu, Histoire d'un corps à corps Picasso-Césaire » in Dominique Berthet (dir.), Art et appropriation, Petit-Bourg (Guadeloupe) : Ibis Rouge, 1998
sur le site « île en île » : dossier Aimé Césaire

mise-à-jour : 18 septembre 2017
Né à Basse-Pointe en Martinique le 26 juin 1913,
Aimé Césaire est mort à Fort-de-France
le 17 avril 2008
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