Dany Laferrière

Tout bouge autour de moi

Grasset

Paris, 2011

bibliothèque insulaire

   
Haïti
parutions 2011
Tout bouge autour de moi / Dany Laferrière. - Paris : Grasset, 2011. - 178 p. ; 21 cm.
ISBN 978-2-246-77731-1
Dany Laferrière a participé au 6ème Salon du Livre Insulaire (Ouessant, 19-22 août 2004)
Invité du Festival Etonnants Voyageurs, Dany Laferrière était à Port-au-Prince quand la terre a tremblé le 12 janvier 2010. Dans la tourmente et durant les jours qui ont suivi, l'écrivain a pris des notes — ce qu'il éprouvait, ce qu'il voyait, l'agonie des uns et les gestes de survie des autres, une ville dévastée, meurtrie, une société frappée au cœur et qui, aussitôt relevée, s'efforçait de reprendre le chemin de la vie.

Pour ne pas atténuer la tonalité d'une épreuve vécue, et pour que le témoignage puisse rapidement contribuer à mobiliser les énergies nécessaires aux programmes de secours et de reconstruction, Dany Laferrière s'est employé à faire paraître dans l'urgence un recueil des notations cueillies à chaud ; une première version de Tout bouge autour de moi fut ainsi publiée au printemps 2010 par les éditions Mémoire d'encrier à Montréal.

L'édition française, publiée un an après le drame, reprend la trame et les éléments du témoignage initial dans un nouveau « montage », enrichi par l'expérience d'un retour auprès des rescapés. La perspective s'élargit — et l'interrogation se concentre sur les perspectives de reconstruction de la ville, du pays, d'un nouveau et indispensable pacte social, d'une juste place enfin dans le monde. Le passage du temps et le recul qu'il impose déportent un regard toujours empreint de respect pour la douleur surmontée, porteur d'espoir et d'exigence face à la longueur et aux difficultés du chemin qui reste à parcourir.
EXTRAIT
Plus de lieu

   J'ai tenté vainement de regarder la télé en évitant de tomber sur des images de Port-au-Prince — on commence à peine à savoir pour les villes de province. J'ai l'impression que tout le monde puise dans la même banque d'images. En deux heures, j'ai vu une douzaine de fois le visage fermé de cette petite fille dans la foule. Ce jeune garçon qui vient de sortir d'un trou a l'air d'avoir avalé une ampoule électrique tant il est lumineux. Son sourire radieux en fait une vedette instantanée. Ce reporter américain qui fait son reportage avec un bébé dans les bras. Ce sont des images si puissantes qu'elles cachent le reste. Comment font-ils ce choix ? Ces images sont-elles naturellement accrocheuses ou est-ce la répétition qui nous les rend familières ? Je sens qu'on est en train de nous confectionner une mémoire. Ce sont souvent les dernières qu'on voit avant de s'endormir. Ce choix d'images s'est-il fait par hasard ou ces réalisateurs savent-ils d'expérience ce qui touchera le public. Tout cela dans la fluidité du moment. Je tente de voir autre chose. Comme cette femme qui passe dans la foule. Sa démarche sans nervosité ne donne aucune indication à propos de sa destination. Elle semble là. En réalité les gens ne pressent plus le pas parce qu'ils n'ont plus de maison pour la plupart. N'ayant plus de lieu décent où vivre, ils habitent le moment.

p. 87
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

mise-à-jour : 2 juin 2015
28 mai 2015
Dany Laferrière
est reçu à l'Académie française
12 décembre 2013
Dany Laferrière
est élu à l'Académie française

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