Eric Fougère

Les îles malades : léproseries et lazarets de Nouvelle-Calédonie, Guyane et Guadeloupe

Classiques Garnier - Géographie du monde, 23

Paris, 2018

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Guadeloupe
Nouvelle-Calédonie

parutions 2018

Les Îles malades : léproseries et lazarets de Nouvelle-Calédonie, Guyane et Guadeloupe / Eric Fougère. - Paris : Classiques Garnier, 2018. - 168 p. : ill. ; 22 cm. - (Géographies du monde, 23).
ISBN 978-2-406-06504-3
Durant des siècles les malades visiblement atteints ont été éloignés ou isolés ; il faut, dans tous les cas, préserver le corps social. Les lépreux, réputés peu contagieux, sont exclus et éloignés des villes et cités ; les pestiférés sont confinés voire séquestrés pour tenter de couper la dynamique épidémique.

Eloigner ou enfermer — les îles s'y prêtent et ont rendu possible l'établissement de structures destinées à accueillir durablement (dans le cas de la lèpre) ou temporairement (pour la peste et autres maladies épidémiques) les malades.

Eric Fougère analyse les différentes stratégies mises en œuvre en exploitant les exemples documentés en Nouvelle-Calédonie, en Guyane et en Guadeloupe. Il éclaire les motivations et les pratiques, les adaptations aux circonstances locales et conjoncturelles, les grands courants d'évolution.

Au-delà de la sidération sociale prédominante dans les premiers temps, ou chaque fois que fait irruption une forme de maladie inconnue, l'étude souligne la pression de l'économie sur les formes et la durée des mesures contraignantes. Sont également soulignées les différences de traitement entre malades — selon qu'ils sont riches ou pauvres, nationaux ou étrangers, colonisateurs ou colonisés.

Toujours se pose la question de savoir si, en la matière, la société vise d'abord à se protéger des malades ou si, au contraire, elle s'emploie à soigner les malades.

EXTRAIT
L'invisibilité de la peste est bien présentée par Defoe quand il écrit : “ l'épidémie se propageait insensiblement du fait des gens qui n'étaient pas visiblement infectés et qui ignoraient aussi bien qu'ils infectaient que par qui il avaient été infectés ” 1. Mais si le pestiféré n'est pas identifiable immédiatement, sa mort est foudroyante, au contraire […] de la lèpre où cette mort est indéfiniment différée. L'épidémie progresse en même temps que l'information qu'on divulgue à son sujet de bouche en bouche, et c'est d'ailleurs un peu comme si la transmission des deux possédait une analogie de communication, par le commerce et les messageries. Des bulletins statistiques égrènent une litanie de comptes hebdomadaires attestant que les frontières de l'infection confinent à l'extrémité des circonscriptions. Si bien que le “ connu ” se spatialise en “ continu ”. Le but est de briser ce lien par une discontinuité qui aurait pour effet d'insulariser l'espace urbain de contamination par autant d'îlots conçus contre une épidémie qui consiste au contraire à rallier tous les points d'infection pour établir une contiguïté contagieuse. À l'arrière-plan de la peste de Londres chroniquée par Defoe, ne joue pas seulement le regain d'actualité de la peste à Marseille, en 1720 2, mais aussi l'incendie qui ravagea Londres en 1666, l'année qui suivit l'épidémie londonienne. “ La peste est comme un grand incendie qui, s'il n'existe que quelques maisons contiguës à l'endroit où il se déclare, ne pourra dévorer que ces quelques maisons ; ou s'il éclate dans une maison isolée ne pourra brûler que cette seule maison. Si, au contraire, il commence dans une ville ou une cité aux maisons très rapprochées et prend de la force, sa violence s'accroît d'autant, il fait rage partout et consume tout ce qui est à sa portée ” 3.

pp. 105-106
       
1.Daniel Defoe, “ Journal de l'année de la peste (1722) ”, Paris : Gallimard (La Pléiade), 1959, p. 1047
2.Sur les premiers pas de l'épidémie de 1720 : Antonin Artaud, “ Le théâtre et son double ”, Paris : Gallimard (Idées, 114), 1974
3.Daniel Defoe, op. cité, p. 1087
SOMMAIRE Introduction
  • La lèpre et la peste : Asile ? exil ?
  • La lèpre et les colonies : Séquestration, relégation
  • La Désirade, île des oubliés
  • La lèpre en Guyane : Îlet la Mère, île Royale, îlot Saint-Louis, Montagne d’Argent, l’Acarouany
  • L’archipel des lépreux calédoniens : Île aux Chèvres, île Nou, île Art, presqu’île Ducos
  • Prévenir et guérir, ou coloniser ?
  • Les quarantaines et lazarets coloniaux : Îlet à Cabrit, îlot Freycinet
  • Les épidémies de fièvre jaune et de choléra : Cas des Saintes
Conclusion

Illustrations
Sources consultées
Ouvrages cités
Index (noms de personnes,
noms de lieux)
Table des figures
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

mise-à-jour : 6 juillet 2020
Eric Fougère : Les Îles malades : léproseries et lazarets de Nouvelle-Calédonie, Guyane et Guadeloupe
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