Joseph Conrad

Le compagnon secret / The secret sharer

Gallimard - Folio bilingue, 127

Paris, 2005
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errances

parutions 2005

Le compagnon secret = The secret sharer / Joseph Conrad ; traduction par G. Jean-Aubry ; trad. révisée, préface et notes de Sylvère Monod. - Paris : Gallimard, 2005. - 173 p.-[8] p. de pl. ; 18 cm. - (Folio bilingue, 127).
ISBN 2-07-030539-2
— Vous abandonner sur une île déserte ! Nous ne vivons pas un roman d'aventures pour enfants, (…).
— Évidemment non. Il n'y a pas le moindre roman d'aventures pour enfants dans tout ceci. Mais il n'y a rien d'autre à faire.


p. 139

À l'abri des îles dispersées à l'embouchure du fleuve Menam au fond du golfe du Siam, un navire attend le vent pour entamer son voyage de retour vers l'Angleterre. Le capitaine, qui étrenne son premier commandement, a voulu rester seul sur le pont pour assurer le quart de nuit. Mais un marin en fuite, harassé par une longue nage, s'agrippe à l'échelle de coupée et requiert implicitement son aide : il est porteur d'un lourd secret — « une sale histoire ». S'engage alors, dans le huis-clos d'une cabine, un étrange et fascinant face à face entre le jeune capitaine et son hôte clandestin : « quiconque eût été assez audacieux pour ouvrir [la porte] à la dérobée aurait vu son indiscrétion payée du privilège d'apercevoir un double capitaine fort occupé à converser à voix basse avec son autre lui-même ».

À l'insu de l'équipage se trame le plan qui doit permettre au fugitif de conquérir une précaire liberté. D'autres îles, croisées alors que le navire fait route vers le sud, en fourniront l'occasion au prix d'une manœuvre follement risquée où le capitaine joue tout à la fois la sécurité du navire, son ascendant sur un équipage consterné et sa carrière. Mais une fois passée la dernière marque de parcours — « une masse noire qui se dressait comme l'entrée même de l'Érèbe » —, une fois assurée l'échappée du compagnon de fortune, « c'est un homme libre, fier nageur [qui s'élance] vers une nouvelle destinée ».
EXTRAIT
The east side of the gulf is fringed with islands, some solitary, others in groups. On the blue background of the high coast they seem to float on silvery patches of calm water, arid and grey, or dark green and rounded like clumps of evergreen bushes, with the larger ones, a mile or two long, showing the outlines of ridges, ribs of grey rock under the dark mantle of matted leafage.

Unknown to trade, to travel, almost to geography, the manner of life they harbour is an unsolved secret. There must be villages — settlements of fishermen at least — on the largest of them, and some communication with the world is probably kept up by native craft. But all that forenoon, as we headed for them, fanned along by the faintest of breezes, I saw no sign of man or canoe in the field of the telescope I kept on pointing at the scattered group.

pp. 142, 144
La côte orientale du golfe est frangée d'îles, les unes isolées, d'autres en groupes. Sur le fond bleu de cette côte élevée, elles semblent flotter sur des flaques argentées d'eau calme : arides et grises, ou vert foncé et arrondies comme des bosquets de petits conifères, tandis que les plus grandes, longues d'un mille ou deux, montrent la ligne de leur crête, des saillies de rochers gris sous un humide manteau de feuillage enchevêtré.

Inconnues des négociant, des voyageurs et presque de la géographie, le genre de vie qu'elles recèlent reste un secret insoluble. Il doit y avoir des villages — des colonies de pêcheurs tout au moins — sur les plus grandes d'entre elles, et les communications avec le monde y sont vraisemblablement entretenues par des embarcations indigènes. Mais, toute cette matinée-là, comme nous avancions vers elles, éventés par la plus faible des brises, je ne vis pas l'ombre d'un homme ni d'une pirogue dans le champ de la longue-vue que je tenais braquée sur ces terres disséminées.


pp. 143, 145
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « The secret sharer » in 'Twixt land and sea, London : J. M. Dent & sons, 1912
  • « L'hôte secret » in Entre terre et mer, trad. par G. Jean-Aubry, Paris : Gallimard, 1929
  • « Amy Foster [suivi de] Le compagnon secret », trad. par Jean-Jacques Mayoux, Paris : Flammarion (GF, 696), 1992
  • « Le compagnon secret », trad. par Bernard Hoepffner, Paris : Mille et une nuits, 1995
  • « Le compagnon secret », trad. par Odette Lamolle, Paris : Autrement, 1996
  • « Jeunesse », Paris : Gallimard (Folio, 3743), 2002
  • « Victoire », Paris : Autrement, 1996
  • « Le Tremolino », in Le miroir de la mer, Paris : Gallimard (Folio classique, 4760), 2008
  • « Karain : un souvenir », Paris : Autrement, 1996
  • « Souvenirs personnels », Paris : Autrement, 2012

mise-à-jour : 4 juillet 2012

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