Jean-Luc Coatalem

Mes pas vont ailleurs

Stock

Paris, 2017

bibliothèque insulaire

   
parutions 2017
Mes pas vont ailleurs / Jean-Luc Coatalem. - Paris : Stock, 2017. - 280 p. ; 22 cm.
ISBN 978-2-234-08117-8
Après avoir, dans un livre précédent 1, suivi les pas de Gauguin jusqu'à Tahiti et aux îles Marquises, Jean-Luc Coatalem remonte le sillage de Victor Segalen — en Bretagne, dans l'océan Pacifique, en Chine.

L'exercice prend souvent la forme d'un retour sur soi, tant Coatalem se montre sensible aux similitudes entre le parcours de Segalen et son propre parcours. Tous deux sont nés à Brest, tous deux ont couru le monde et approché les mêmes milieux. De l'un à l'autre, au-delà du temps écoulé, les échos sont donc nombreux et leur portée n'est pas seulement anecdotique.

Ces affinités évidentes justifient le ton d'un ouvrage où Coatalem s'adresse à Segalen — comme dans l'incipit : « Vous êtes venu vous reposer de la Chine ancienne … ». Mais au-delà de ce formalisme la proximité de l'un à l'autre fournit à Coatalem d'utiles clefs pour éclairer certains aspects de l'œuvre de Segalen ; comment, par exemple, apprécier justement son hostilité envers le catholicisme sans avoir pris directement la mesure du poids de cette religion dans la vie sociale en Bretagne — elle-même terre de mission ?

Segalen et Coatalem sont
tous deux en quête d'un ailleurs qui n'est pas seulement géographique.

1.« Je suis dans les mers du Sud », Paris : Grasset, 2001
EXTRAIT Le cyclone qui a ravagé les Tuamotu, un archipel au nord-est de celui de la Société, vous rappelle à votre devoir de médecin. Et à la réalité de la colonisation. La situation sanitaire est mauvaise. Paradoxalement, alors que l'Europe pensait apporter le progrès tout en investissant au mieux de ses intérêts, les maladies importées par les équipages et les colons ont décimé les îliens, peu immunisés. Variole, rougeole, phtisie. L'alcool et la syphilis s'ajoutent aux fléaux. Cas de lèpre. La médecine fait ce qu'elle peut.

Pire, à force d'évangélisation et de mises au pas, les rites ont été piétinés, les dieux « païens » ont disparu, il n'est plus question de ces idoles sanglantes, même les tatouages sont bannis. C'est le rouleau compresseur de la civilisation … Même si comptoirs et plantations ont essaimé, qu'un début d'administration s'est mis en place, que le trafic a été organisé grâce aux goélettes, que les marchands sont là, les fonctionnaires et les agents collecteurs aussi, épaulés de soldats, de marins et de gendarmes, dans le sillage des congrégations missionnaires « armées de bibles ». Protestantes ou catholiques, elles martèlent que le corps est impur, que l'être est marqué du péché originel, que le royaume des cieux n'est pas de ce monde. Vous ne pouviez être que d'accord avec Remy de Gourmont lorsqu'il avait souligné que « le christianisme est une machine à donner des remords, parce que c'est une machine à diminuer la souplesse et à réfréner la spontanéité des réactions vitales » … Bref, à entraver le plein désir de vivre. Sous le joug de la modernité et de la morale, des virus et de l'argent, l'archipel avait viré à la farce amère. Impôts, corvées, embrigadement. Même la brousse divisée en districts ! Point de paradis tropical mais, sous l' « œuvre civilisatrice », une comédie de sous-préfecture …

pp. 165-166
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • Jean-Luc Coatalem, « Je suis dans les mers du Sud », Paris : Grasset, 2001
  • Jean-Luc Coatalem, « Les beaux horizons », Paris : Le Dilettante, 1997
  • Jean-Luc Coatalem, « Le gouverneur d'Antipodia », Paris : Le Dilettante, 2012

mise-à-jour : 20 novembre 2017
Jean-Luc Coatalem : Mes pas vont ailleurs
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