Victor Segalen

Correspondance : vol. 1 (1893-1912), vol. 2 (1912-1919), vol. 3 (cartes, annexes, appareil critique) ; éd. présentée par Henry Bouillier

Fayard

Paris, 2004

bibliothèque insulaire

   
parutions 2004
Correspondance / Victor Segalen ; éd. présentée par Henry Bouillier ; texte établi et annoté par Annie Joly-Segalen, Dominique Lelong et Philippe Postel. - Paris : Fayard, 2004. - 3 vol. (1294 p.-[24] p. de pl.,1270 p.-[24] p. de pl., 286 p.: ill., cartes ; 25 cm.
ISBN 2-213-61947-6

NOTE DE L'ÉDITEUR : []

En octobre 1893, Segalen a quinze ans et se destine à la médecine navale. Pendant ses études à Brest puis à Bordeaux, au cours de son premier voyage autour du monde, il s'adresse à sa famille, ses amis et maîtres spirituels Huysmans, Saint-Pol Roux, Jules de Gaultier, Claudel. Au fidèle Henri Manceron, il dit son éblouissement de vivre à Tahiti, sa rencontre posthume avec Gauguin, le déclin de la race maori d'où naissent Les Immémoriaux. Son retour en France est marqué par ses visites à G.-D. de Monfreid, ami de Gauguin, son mariage avec Yvonne Hébert en 1905, qui sera la correspondante privilégiée, sa collaboratrice et sa première lectrice. [...] De 1909 à 1914, Segalen séjourne en Chine [où il] retournera une dernière fois en 1917.

En France il retrouve son poste à l'hôpital de Brest mais ses forces le trahissent. Les dernières lettres empreintes d'une beauté crépusculaire sont dominées par la conversation mystérieuse et hautaine qu'il échange avec Hélène Hilpert, l'amie d'enfance de sa femme, et le sentiment qu'il résume dans cet aveu pathétique à J. Lartigue : « Je constate simplement que la vie s'éloigne de moi ».

MAURICE MOURIER : […]

Dans sa courte existence, il ne sera heureux continûment que dix-huit mois, dans l'Archipel de la Société, aux Pomotou, aux Gambier, sur les traces de son cher Gauguin, autre Breton irréductible, et dans les bras nombreux des vahinés, mais alors heureux à en perdre le souffle, dans une frénésie de libération et de rejet de la carapace catholique, à quoi la vie déjà très libre de Bordeaux et surtout de Toulon l'avait bien préparé.

Cette exaltation de bonheur, fièvre du corps — donc de l'âme —, il ne la retrouvera jamais, cette ivresse de la beauté des filles, de leur facilité à jouir et à faire jouir. La déception de l'après-Tahiti est abyssale […].

[…]

La Quinzaine littéraire, 16-31 octobre 2004

SIMON LEYS : […]

En Polynésie [Victor Segalen] découvrit simultanément un paradis à l'agonie, et l'œuvre de Gauguin qui venait d'y mourir. Il connut, dans les îles, une forme de bonheur, ou était-ce tout simplement le fait d'être jeune, et enfin débarassé de la pesante province bigote de son enfance ? Bien des années plus tard, il en reparlera encore dans une lettre à un ami : « Je t'ai dit avoir été heureux sous les Tropiques. C'est violemment vrai. Pendant deux ans en Polynésie, j'ai mal dormi de joie. J'ai eu des réveils à pleurer d'ivresse du jour qui montait … J'ai senti de l'allégresse couler dans mes muscles. J'ai pensé avec jouissance. (…) Je tenais mon œuvre, j'étais libre, convalescent, frais et sensuellement assez bien entraîné. Toute l'île venait à moi comme une femme. Et j'avais précisément de la femme, là-bas, des dons que les pays complets ne donnent plus. Outre la classique épouse maorie dont la peau est douce et fraîche, les cheveux lisses, la bouche musclée, j'ai connu des caresses … », etc.

Mais cet élan lyrique est sans doute partiellement dû à un éloignement dans le temps, que l'écrivain a pris par rapport à ses souvenirs. Les lettres qu'il envoyait de Tahiti rendent un son quelque peu différent. Suivant la mode conventionnelle des officiers de l'époque, il avait en effet commencé par prendre une compagne indigène, mais semble s'en être assez vite lassé, comme il le confie dans diverses missives plutôt goujates adressées à un vieux copain […].

Évidemment, malgré tous ses dons d'intelligence et de cœur, Segalen était aussi, qu'il le veuille ou non, un enfant du stupide XIXe siècle. Plus tard, on en trouvera d'ailleurs d'autres traits, non moins pénibles, dans certaines des réactions que lui inspirera la Chine.

Mais en même temps il est trop fin pour ne pas sentir lui-même, confusément, toute l'insuffisance, la vulgarité et la bassesse de son propre univers. De Polynésie, il ramène son premier livre, Les Immémoriaux, où se manifeste la volonté de prendre le contre-pied de la littérature d' « impressions coloniales », tellement en faveur à l'époque. À l'inverse des écrivains-touristes, il cherche à peindre moins l'impact du milieu sur le voyageur que celui du voyageur sur le milieu : « Je ne suis décidément pas fait pour ces visions brèves qui ravissent Loti et par le moyen desquelles il ravit ensuite ses lectrices. Il me faut savoir outre ce qu'apparaît le pays, ce que le pays pense … » Les Loti & Cie « ont dit ce qu'ils ont vu, ce qu'ils ont senti en présence des choses et des gens inattendus dont ils allaient chercher le choc. Ont-ils révélé ce que ces choses et ces gens pensaient en eux-mêmes, et d'eux ? Car il y a peut-être du voyageur au spectacle, un autre choc en retour dont vibre ce qu'il voit ».

Ce programme est splendide, mais ses lettres de Polynésie trahissent combien Segalen demeura loin de pouvoir le réaliser. Chez ces vahinés aux cheveux longs et idées courtes, réussit-il vraiment à découvrir « ce que le pays pensait » ? Et en quoi les superbes évocations de paysages et d'atmosphères tahitiennes qui donnent vie et couleur à sa correspondance, diffèrent-elles des meilleures pages de Loti ?

[...]

“ Victor Segalen, les tribulations d'un poète en Chine ”, Le Figaro littéraire, 3 février 2005

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

mise-à-jour : 18 février 2019

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