Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun

La lecture

Le Motu

Papeete, 2009

bibliothèque insulaire

   
édité à Tahiti
parutions 2009
La lecture / Etienne Ahuroa. - Papeete : Le Motu, 2009. - 96 p. ; 21 cm.
ISBN 978-2-915105-58-2
Quand est-ce que l'on va enfin se rencontrer ?

Acte II, Scène VI, p. 61

   Sur la scène d'un théâtre une comédienne commence la lecture du fragment d'un livre qui expose la rencontre entre une jeune insulaire d'Océanie et un visiteur occidental — trame ressassée du roman exotisant. Le décor est réduit à l'extrême : au centre une chaise et une table pour la lectrice, au fond à gauche un grand tableau représente une jeune femme assise, vêtue d'un pagne blanc et bleu, le visage partiellement dissimulé derrière un éventail.

   Très vite, alors que s'ébauchent les circonstances de la rencontre, la lectrice est interrompue par une voix masculine ; le héros du roman tente de se faire entendre pour mettre en doute le fondement du récit où l'auteur a tenté de l'enfermer : « c'est, dit l'Évadé, mon unique chance de donner à ma vie toute sa vraisemblance ». La lecture se poursuit, ponctuée d'interventions de l'Évadé, jusqu'à l'irruption d'une seconde voix ; c'est, cette fois Maïté, la jeune insulaire qui à son tour veut se faire entendre en quittant le double carcan du roman et du tableau — l'auteur présumé était aussi peintre.

   Au fil des trois actes qui rythment cette mise en abyme, la lectrice dont la voix a réveillé les attentes insatisfaites de l'Évadé et de Maïté se voit contrainte d'arbitrer un débat sur les implications de la création littéraire ou artistique. Ombres et références hantent l'échange jusqu'à l'ultime rebondissement où il apparaît non sans ironie que l'auteur, le responsable, n'est pas celui qu'on pense. Quant à la morale de la fable, elle est également conçue pour surprendre. 
NOTE DE L'AUTEUR : Les dialogues en alexandrin prêtés aux personnages (…) sont là pour renforcer l'idée d'enfermement des comédiens qui acceptent d'incarner les personnages d'une pièce de théâtre.

p. 3
EXTRAIT
MARYON
« La femme à l'éventail » n'a jamais existé !
Ma lecture n'était qu'un prétexte scénique
Pour tous nous entraîner dans un jeu dramatique.

MAÏTÉ
Alors cette nouvelle a été inventée ?

MARYON
Il a dû en prendre une et il l'a pastichée.
La littérature océanienne est pleine
De ces romans de plage où la belle indigène
Est prétexte à user des plus mauvais clichés.

L'ÉVADÉ
La femme-enfant aussi belle qu'insupportable,
L'occidental cruel, dénué de scrupules …
Le monde n'est pas fait que de grosses crapules
Et d'enfants aux mœurs inexplicables ?

Et quel rôle avons-nous dans toute cette histoire ?

MARYON
Je ne te comprends pas, qu'est-ce que tu veux dire ?

L'ÉVADÉ
Je me sens à l'étroit … et j'ai peine à finir …
Mes mots, ils sont rangés comme dans un tiroir.

MAÏTÉ
Moi aussi, j'ai du mal à libérer mes phrases.
On dirait que quelqu'un les a cadenassées.

pp. 91-92
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
Sur le site « île en île » : dossier Jean-Marc Pambrun

mise-à-jour : 27 février 2011
Né à en 1953, Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun
est mort à Paris le 12 février 2011.
Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun : La lecture
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