Déwé Gorodé

À l'orée du sable

Vents d'ailleurs

La Roque-d'Anthéron, 2014

bibliothèque insulaire

   
Nouvelle-Calédonie
parutions 2014
A l'orée du sable / Déwé Gorodé. - La Roque-d'Anthéron : Vents d'ailleurs, 2014. - 116 p. ; 20 cm.
ISBN 978-2-364-13055-5
NOTE DE L'ÉDITEUR : Un fil est tendu entre terre et mer, un lien comme un vol d'oiseau pour pétrir de mots les douceurs d'un instant, les douleurs de la vie.

Il faut une grande pudeur et aussi une grande force pour tout dire des temps qui ne sont plus et des souffles du silence, de ceux qui sont là-haut, devenus flèches faîtières.

La trace d'une femme dans les pas des guerriers, qui, plus que les maîtres des hommes, marque la terre et montre le destin commun.

La « petite mère u », qui apporte en pirogue sa folie de la mer pour nourrir les voix de la terre, soutient sûrement ces paroles qui font de ce recueil le chant le plus intime et le plus profond des voix de Déwé Gorodé.

Déwé Gorodé est une femme politique indépendantiste et écrivain kanak de Nouvelle-Calédonie, née le 1er juin 1949. Elle a fait partie de tous les gouvernements néo-calédoniens depuis la création de cette institution en 1999.
Déwé Gorodé s'est très tôt engagée dans la lutte pour l'indépendance. Elle milite ainsi dans les années 1970 au sein des « Foulards Rouges » et du « Groupe 1878 », deux groupes d'indépendantistes révolutionnaires extrémistes. Elle participe en 1976 à la création du Palika (Parti de libération kanak), le parti indépendantiste d'extrême gauche dont elle fait toujours partie et qui est aujourd'hui l'une des composantes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Militante féministe, se battant pour la cause des femmes kanaks aux côtés de Marie-Claude Tjibaou (veuve de l'ancien leader indépendantiste Jean-Marie Tjibaou), elle participe avec cette dernière à une mission de femmes au Mali en 1992.
Depuis les Accords de Matignon et de Nouméa, tout en militant toujours fermement pour la souveraineté, elle s'est recentré sur la défense de la reconnaissance de la culture et de l'identité kanak.
Elle est la première femme à être élue à l'Assemblée de la Province nord. Chargée du secteur de la Culture, de la Condition féminine et de la Citoyenneté, avec de plus la responsabilité des Affaires coutumières et des Relations avec le Sénat coutumier. Sa volonté de faire connaître la culture et les traditions kanaks, tant sur le plan oral qu'écrit a poussé Déwé Gorodé a écrire de nombreux poèmes, contes et nouvelles.

loin de l'aigreur loin de l'amertume

et près toujours plus près de l'espoir


Les graines étaient dures, p. 51

Premier temps d'une genèse — dans le frais de l'aube (…) en désir du soleil ; d'une poignée de mots, Déwé Gorodé saisit et offre la promesse qui lève au bord du lagon : le chant du coq / l'odeur du feu / l'appel de la mer. Mais l'éclat de cette douceur mêlée de sons, d'odeurs et de couleurs ne masque ni les maux du jour ni ceux des aïeux d'autrefois.

Mémoire intime — le sourire / de mon enfant qui n'est plus ; mémoire héritée en partage — celle de mon île en sang. Ressorts qui tendent l'écriture en poésie de combat, sans aigreur ni amertume, entièrement vouée à l'espoir :

Au bout de la nuit
l'aube
est un enfant qui attend
au bord du sentier
EXTRAIT
Une voix qui passait

L'oiseau s'est posé de mémoire
sur ma main inerte
pour me laisser
plein les doigts
des mots idoines à pétrir de ma paume

La mer m'a emmenée de mémoire
sur une île déserte
pour m'offrir
la mélopée des vagues
le silence de l'écume
et les voix de la terre

Le vent est venu de mémoire
hanter le pourtour de ma case
pour m'apprendre
à lire l'illisible
à voir l'invisible

Mais étaient-ce bien
l'oiseau la mer et le vent
ou seulement la parole qui se souvient
dans l'impatience de vibrer
ou encore la mémoire des mots
lasse d'attendre de vivre

Mais étaient-ce bien
ma case ma main et une île
ou seulement une voix qui passait
égarée sous des idées
portant les maux de la terre
pour se battrer et bâtir un monde autre

pp. 49-50
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Sous les cendres des conques », Nouméa : Edipop, 1985
  • « Utê Mûrûnû, petite fleur de cocotier », Nouméa : Grain de Sable, 1994 ; Nouméa : Madrépores, 2015
  • « Par les temps qui courent … », Nouméa : Grain de Sable, 1996
  • « L'agenda » (nouvelles), Nouméa : Grain de Sable, 1996 ; Nouméa : Madrépores, 2015
  • « Dire le vrai / To tell the truth » avec Nicolas Kurtovitch, Nouméa : Grain de Sable, 1999, 2000
  • « Le vol de la parole » avec Weniko Ihage, Nouméa : Edipop, 2002
  • « The Kanak apple season : selected short ficition of Déwé Gorodé » ed. and translated by Peter Brown, Canberra : Pandanus books, 2004
  • « Sharing as custom provides : selected poems of Déwé Gorodé » ed. and translated by Raylene Ramsay and Deborah Walker, Canberra : Pandanus books, 2005, 2007
  • « L'épave », Nouméa : Madrépores, 2005, 2007
  • « 30 ans du PALIKA : en chemin vers la citoyenneté », Nouméa : Edipop, 2006
    « Graines de pin colonnaire », Nouméa : Madrépores, 2009
  • « Tâdo tâdo wéé ! ou No more baby », Papeete : Au Vent des îles, 2012
  • « La vieille dame », Nouméa : Madrépores, 2016
  • « Se donner le pays : paroles jumelles » avec Imasango, Paris : Bruno Doucey (Tissages), 2016
Sur le site « île en île » : dossier Déwé Gorodé

mise-à-jour : 1er septembre 2017

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