Louis Sala-Molins

Le Code Noir ou le calvaire de Canaan

Presses Universitaires de France - Quadrige

Paris, 2002
bibliothèque insulaire
   
Guadeloupe
Haïti
Martinique
parutions 2002
Le Code Noir ou la calvaire de Canaan / Louis Sala-Molins. - Paris : Presses universitaires de France, 2002. - 292 p. ; 19 cm. - (Quadrige, 368).
ISBN 2-13-050947-9
Nous connaissons ou croyons connaître le Code Noir, élaboré par Colbert et promulgué en mars 1685 par Louis XIV pour réglementer le commerce et l'esclavage des Noirs dans les colonies françaises d'Amérique (Guadeloupe, Guyane, Martinique, Saint Domingue). La lecture de l'œuvre de Louis Sala-Molins (dont la première parution remonte à 1987) oblige à une radicale remise en cause ; l'auteur ne se borne pas à donner l'intégralité de ce qu'il considère être « le texte juridique le plus monstrueux qu'aient produits les Temps modernes », il l'accompagne d'exemples, le commente et suit son application dans le temps, sans rien omettre ni des fondements, ni des essais de justification, ni de l'évolution menant à l'abolition définitive en 1848, ni même à cette occasion de l'extrême prudence des adversaires déclarés de l'esclavage (cf. à ce sujet la troisième partie : Le Code Noir à l'ombre des Lumières).

Enfin rien n'est dissimulé des circonstances, conditions et conséquences effectives de l'application, durant presque deux siècles, du Code Noir — une chose est de lire, l'un après l'autre, chacun des soixante articles qui le constituent, une autre est de prendre la mesure de l'effroyable insensibilité des exécutants et de l'infinie souffrance des victimes.

Ici se dévoile la face sombre de l'eden insulaire.
       
Louis Sala-Molins donne le texte intégral du Code Noir, en s'appuyant sur la confrontation de deux sources :
“ Le Code Noir, ou Recueil des règlements rendus jusqu'à présent, concernant le gouvernement, l'administration de la justice, la police, la discipline et le commerce des nègres dans les colonies françaises et les conseils et compagnies établis à ce sujet ”, Paris : Prault, 1767 (3e édition)
Lucien Peytraud, “ L'esclavage aux Antilles françaises avant 1789, d'après des documents inédits des archives coloniales ”, Paris : Hachette, 1897
EXTRAIT
Article 36. — Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis.

Commentaire de Louis Sala-Molins :

[…] C'est de la taille qu'on parle en cas de vol, c'est-à-dire de cette flagellation féroce qui entaillait profondément la peau et les chairs. A l'origine du système colonial le nombre de coups qu'on donnait n'était pas limité. On le fixa plus tard à 29. En vain, puisqu'on lit dans l'ordonnance […] de 1786 qu'il « sera désormais interdit de donner plus de 50 coups ».

[…]

Revenons à la taille ou flagellation. 29 coups ? 50 coups ? La jolie querelle. Le P. Labat a parfois des tendresses envers ses esclaves. Sauf quand il s'énerve. C'est lui-même qui raconte avoir fait donner une fois « environ trois cents coups de fouet » à un esclave, « qui l'écorchèrent depuis les épaules jusqu'aux genoux. Il criait comme un désespéré et nos nègres me demandaient grâce pour lui ». Puis le bon père le « fit mettre aux fers après l'avoir fait laver avec une pimentade, c'est-à-dire avec de la saumure dans laquelle a été écrasé du piment et des petits citrons. Cela cause une douleur horrible à ceux que le fouet a écorchés, mais c'est un remède assuré contre la gangrène qui ne manquerait pas de venir aux plaies ». Cela se passait à la veillée. Le jour venu, le saint homme fit reconduire l'esclave à son maître. Le maître « me remercie de la peine que je m'étais donnée » et fit encore fouetter son esclave « de la belle manière » [Labat, Nouveaux voyages aux îles de l'Amérique, (1722) t. 1, pp. 166-167].

pp. 162-163
SOMMAIRE

Préface à l'édition « Quadrige »
Avant-propos
Introduction
Repères chronologiques

Première partie : Le Code Noir à la lumière des préjugés

  • La malédiction liminaire
  • Des hommes ? Des bêtes ?
  • Des bêtes d'avant l'homme. Des hommes bestialisés
  • Les théologiens : blanco-biblisme et monogenèse, corruption morale et laideur physique
  • Les philosophes : polygenèse, couleurs, esclavage naturel et blanco-biblisme
  • Unité n'est pas égalité. De quelle couleur l'âme des Noirs ?
  • Sauvons-les. Par la traite au Paradis
  • Le Code Noir
  • La mémoire et l'oubli. Justification d'une réédition

Deuxième partie : Le Code noir, Texte et commentaires

  • Préambule
  • Le catholicisme, religion unique et obligatoire pour les esclaves (art. 1-7)
  • Le concubinage, le mariage et leurs effets civils sur les esclaves (art. 8-13)
  • Inhumation des esclaves (art. 14)
  • L'esclavage au quotidien : réglementation des allées et venues (art. 15-21)
  • L'esclavage au quotidien : nourriture et habillement des esclaves (art. 22-27)
  • Incapacité de l'esclave à la propriété (art. 28-29)
  • Incapacité juridique de l'esclave (art. 30-31)
  • Responsabilité pénale de l'esclave (art. 32-37)
  • Délit de fuite et de recel (art. 38-39)
  • La justice et le maître face aux esclaves (art. 40-43)
  • L'esclave en tant que marchandise (art. 44-54)
  • L'affranchissement et ses conséquences (art. 55-59)
  • Conclusion (art. 60)

Troisième partie : Le Code Noir à l'ombre des Lumières

  • La parole aux esclaves. More Lack, Cugoano
  • Les mirages de la liberté. La « loi du retour »
  • Les élégances de Montesquieu
  • Rousseau, ineffable esclavage
  • Raynal et les autres : un autre langage pour d'autres Noirs ?
  • Les subtilités des « Amis des Noirs »
  • Epilogue. De Napoléon à Schoelcher

Bibliographie, Index

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Le Code Noir ou la calvaire de Canaan », Paris : Presses universitaires de France (Pratiques théoriques), 1987
  • Louis Sala-Molins, « Esclavage Réparation : les lumières des capucins et les lueurs des pharisiens », Paris : Lignes, 2014
  • « Déraison, esclavage et droit : les fondements idéologiques et juridiques de la traite négrière et de l'esclavage » communications du séminaire organisé par l'Unesco (Lisbonne, 9-10 décembre 1998), sous la dir. d'Isabel Castro Henriques et Louis Sala-Molins, Paris : Unesco (La Route de l'esclave), 2002
  • Patrick Baradeau (éd.), « Le Code noir et autres textes de loi concernant l'esclavage en France », Bègles : L'Esprit du temps (Textes essentiels), 2019
  • Jean-François Niort et Olivier Pluen (dir.), « Esclavage, traite et autres formes d'asservissement et d'exploitation : du Code noir à nos jours » actes du colloque de Pointe-à-Pitre (2015), Paris : Dalloz (Thèmes & commentaires), 2018
  • Jean-François Niort, « Code noir : idées reçues sur un texte symbolique », Paris : Le Cavalier bleu, 2015
  • Jean-François Niort, « Code noir », Paris : Dalloz (Tiré à part), 2012
  • « Le Code noir et autres textes de loi sur l'esclavage », Saint-Maur : Sépia, 2006
  • Robert Chesnais, « L'esclavage à la française : le Code noir, 1685 et 1724 », Paris : Nautilus, 2006
  • « Le Code noir » introduction et notes de Robert Chesnais, Paris : L'Esprit frappeur, 1998

mise-à-jour : 25 juin 2020
Leonora Miano,
Ce qui dérange, c’est le profil de ceux qui demandent le déplacement des statues de Colbert ”,
Le Monde,
25 juin 2020
Louis-Georges Tin et Louis Sala-Molins,
“ Enlevons le nom de Colbert aux écoles ”,
Le Monde,
19 septembre 2017
Le Code Noir, ou le calvaire de Canaan
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