Adolfo Bioy Casarès

L'invention de Morel, trad. par Armand Pierhal ; préface de Jorge Luis Borges

Union générale d'éditions - 10/18, 953

Paris, 1976
bibliothèque insulaire
   
utopies insulaires
parutions 2005
L'invention de Morel / Adolfo Bioy Casarès ; traduit de l'espagnol (Argentine) par Armand Pierhal ; préface de Jorge Luis Borges. - Paris : Union générale d'éditions, 1976. - 124 p. ; 18 cm. - (10/18, 953)
ISBN 2-264-00010-4
NOTE DE L'ÉDITEUR : Un homme en fuite trouve refuge sur une île déserte. Un lieu étrange, dominé par une villa immense et somptueuse dont les sous-sols recèlent une machinerie aux fonctions incompréhensibles. L’île, pourtant, n’est pas si déserte qu’elle l’a semblé de prime abord. Des estivants, réunis sur place par un certain Morel, s’engagent dans une fête languide dont le rituel paraît se reproduire à l’infini.
INCIPIT Aujourd'hui, dans cette île, s'est produit un miracle.
JORGE LUIS BORGES […]

[Adolfo Bioy Casarès] déploie une Odyssée de prodiges qui ne paraissent admettre d'autre clef que l'hallucination ou le symbole, puis il les explique pleinement grâce à un seul postulat fantastique, mais qui n'est pas surnaturel. La crainte de tomber dans des révélations prématurées ou partielles m'interdit d'examiner le sujet, et les nombreuses et savantes finesses de l'exécution. Qu'il me suffise de dire que Bioy renouvelle pleinement un concept que saint Augustin et Origène réfutèrent, que Louis-Auguste Blanqui analysa et que Dante Gabriel Rossetti a formulé dans une musique mémorable :
       I have been here before,
       But when or how I cannot tell :
       I know the grass beyond the door,
       The sweet keen smell,
       The sighing song, the light around the shore ...

[…]

L'Invention de Morel  (dont le titre fait filialement allusion à un autre inventeur insulaire, à Moreau) acclimate sur nos terres et dans notre langue un genre nouveau.

J'ai discuté avec son auteur les détails de la trame, je l'ai relue ; il ne me semble pas que ce soit une inexactitude ou une hyperbole de la qualifier de parfaite

Préface, pp. 9-10
ADOLFO BIOY CASARÈS
— En écrivant L'Invention de Morel, avez-vous été influencé par L'Ile du Dr Moreau, comme l'a laissé entendre Borges ?

— Non. Contrairement à ce qu'a écrit Borges, je n'ai pas été influencé par L'Ile du Dr Moreau en écrivant L'Invention de Morel. Je crois que Borges le savait, mais il voulait, en évoquant Wells me placer sous un haut parrainage littéraire. J'avais, à l'origine, songé à intituler mon roman L'Ile du Dr Guérin. Si j'ai fini par choisir le patronyme de Morel, c'est parce qu'il présentait l'avantage de pouvoir se prononcer de la même manière en français et en espagnol. En revanche, j'ai certainement pensé à L'Ile du Dr Moreau en écrivant d'autres de mes livres, comme par exemple Une poupée russe. Dans le même ordre d'idées, comme L'Invention de Morel est une histoire sur l'immortalité, on a prétendu que le personnage de Faustine était une allusion à Faust. Je tiens à préciser qu'il s'agit tout simplement d'un hommage à la Faustine des Contrerimes de Paul-Jean Toulet.

— Faut-il chercher des symboles dans vos livres ?

— Certainement pas.

— Comment jugez-vous la préface que Borges a écrite pour L'Invention de Morel ? N'est-elle pas une magnifique preuve d'estime et d'amitié ?

— Je crois qu'il a été infiniment soulagé de s'apercevoir que son ami n'avait pas écrit un trop mauvais livre. Cela dit, lorsqu'il utilise l'adjectif « parfait » pour qualifier L'Invention de Morel, il parle de la trame du roman, et non du style. C'est donc, de la part de Borges, à la fois un compliment et une restriction. Mais je n'ai pas la prétention d'être un styliste comme Stendhal.

 
Extrait d'une interview recueillie par J.R. v. der Plaetsen, Le Figaro littéraire, 16 novembre 1995.
HECTOR BIANCOTTI […]

C'est en 1940 qu' [Adolfo Bioy Casarès] écrit L'Invention de Morel, que désormais le milieu littéraire et même un assez large public des deux Amériques et des pays européens considèrent comme un chef-d'œuvre du genre fantastique. Son auteur l'avait qualifié de « dernier galop d'essai » : « J'avais un bon sujet, mais je cherchais moins la trouvaille que l'élimination de fautes dans la composition ; j'avais peur de tout abîmer, je me sentais pestiféré, contagieux, aussi prenais-je des précautions de toutes sortes    j'écrivais des phrases très courtes …    pour ne pas contaminer l'œuvre ». En France, depuis sa sortie, en 1952, il a inspiré des commentaires prestigieux, notamment celui de Maurice Blanchot dans Le Livre à venir 1. Mais le tout premier fut un article paru dans Critique et signé Robbe-Grillet.

Lorsqu'il écrivait ce livre, Bioy admirait surtout H.G. Wells ; il avait le goût exclusif des histoires, et aurait pu dire avec James : « Le sujet est tout ».  C'est donc le sujet qui, tout d'abord, émerveille ici le lecteur qui débarque, en compagnie d'un homme en fuite, dans cette île du Pacifique 2 qu'une peste mystérieuse a vidée de ses habitants. La solitude y est totale. Mais, tout d'un coup, le seul édifice qui s'y trouve se peuple de personnages qui se promènent, parlent, dansent. Pour le narrateur, ils ont l'air d' « estivants installés depuis longtemps à Marienbad ». Robbe-Grillet n'oubliera ni cette adresse ni cette atmosphère étrange dans le film dont il écrira le scénario pour Alain Resnais.

[…]

 
« Adolfo Bioy Casarès, un rire fantastique », Le Monde, 11 mars 1999.

1.Gallimard (Folio-Essais, 48), 1986
2.« Je crois que le nom de cette île est Villings, et qu'elle appartient à l'archipel des Ellice. » Mais aussitôt, dans une note attribuée à l'éditeur, Bioy Casarès s'amuse à discréditer cette hypothèse : « J'en doute. Il parle d'une colline et d'arbres d'essences diverses. Les îles Ellice — ou des Lagunes — sont plates et n'ont pas d'autres arbres que les cocotiers enracinés dans le corail de l'atoll ».
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « La invención de Morel » prólogo de Jorge Luis Borges, Buenos Aires : Editorial Losada, 1940
  • « L'invention de Morel » trad. par Armand Pierhal, préface de Jorge Luis Borges, Paris : Robert Laffont (Pavillons), 1952
  • « L'invention de Morel » trad. par Armand Pierhal, préface de Jorge Luis Borges, Paris : Librairie générale française (Livre de poche, 8710), 1989
  • « L'invention de Morel » in Romans, Paris : Robert Laffont (Bouquins), 2001
  • « Plan d'évasion », Paris : Union générale d'éditions (10/18, 2490), 1994

mise-à-jour : 30 janvier 2009

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