Michel Naepels

Conjurer la guerre : violence et pouvoir à Houaïlou (Nouvelle-Calédonie)

Éditions EHESS - En temps & lieux, 41

Paris, 2013

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Nouvelle-Calédonie
parutions 2013
Conjurer la guerre : violence et pouvoir à Houaïlou (Nouvelle-Calédonie) / Michel Naepels. - Paris : École des hautes études en sciences sociales, 2013. - 287 p. : ill. ; 24 cm. - (En temps & lieux, 41).
ISBN 978-2-7132-2376-1
On peut … lire le titre de cet ouvrage, Conjurer la guerre, en une double acception, tenant compte de la polysémie du terme “ conjuration ”, laquelle nous semble bien décrire l'ambivalence des rapports sociaux et politiques kanak que nous souhaitons mettre en lumière ici. En un premier sens, nous essayerons de comprendre quelle place est faite à la violence physique à Houaïlou, et dans quelle mesure les conflits locaux suscitent des interventions destinées à éviter qu'ils ne dégénèrent, pour empêcher la guerre et contrôler la violence. Mais en un second sens, nous opposerons à cette perspective juridico-philosophique centrée sur la souveraineté, la chefferie, la contractualisation et l'ordre des espaces de corésidence, qui est aussi celui des discours cérémoniels publics kanak, un sens frondeur, accentuant alors les dimensions historiques et politiques de la réalité sociale. On comprendra que l'on peut conjurer la guerre comme des conjurés, comme des frondeurs, comme des brigands … en préparant la guerre en secret.

Introduction, pp. 12-13

NOTE DE L'ÉDITEUR
: Quel est le fil conducteur qui mène un anthropologue enquêtant à Houaïlou, en Nouvelle-Calédonie, à s'intéresser à la fois aux opérations de répression coloniale menées en 1856, à la chasse anti-sorciers de 1955, à la mobilisation indépendantiste des années 1980 et aux règlements de compte villageois des années 2000 ? La violence, le conflit, la guerre. Autrement dit, quelles sont les conventions d'usage de la violence ? Comment contrôler la violence pour éviter la guerre, ou pour la préparer en secret ?

Michel Naepels décrit et analyse les pratiques guerrières, les figures du massacre, la question de l'anthropophagie, les “ objets de guerre ”. À travers cette archéologie de la violence, il rend compte de l'inventivité pratique, de l'intelligence et de la ruse des Kanaks impliqués dans des rapports conflictuels, souvent violents. Les archives et le recours aux récits recueillis auprès des habitants actuels de Houaïlou restituent l'épaisseur de ces moments historiques, les contextes emboîtés de l'action politique qui s'y déploie, tout en interrogeant la valeur et les limites de l'enquête de terrain.

Ces épisodes sont autant de séquences de changement dans l'organisation sociale, administrative, foncière ou politique : ils permettent de comprendre, depuis la prise de possession par la France jusqu'à nos jours, les modalités réelles de mise en œuvre de la gouvernementalité coloniale et postcoloniale. L'attention portée à l'invention, à l'importation ou à l'adaptation des techniques répressives, massivement liées à l'expérience française en Algérie, ouvre à une véritable géopolitique de la colonisation. À travers cette description minutieuse des logiques sociales du conflit, Michel Naepels invite aussi à une réflexion sur la place des fantasmes européens sur la violence ethnique, sur les représentations de l'altérité. 

SOMMAIRE Introduction

Chapitre 1 — Concurrence lignagère et contrôle colonial. Les dynamiques de la guerre dans un espace mondialisé
1847-1855 – Les santaliers, “ Houaïlou ” et le système-monde océanien
Octobre 1855-mars 1856 – Les chercheurs d’or, Canala et le système-monde européen
10 juillet 1856 – La guerre
1857-1878 – L’alliance avec les Français, l’investissement auxiliaire
1875-1881 – Contrôle local et mondialisation
Guerres et constitution des chefferies : une relecture des sources coloniales

Chapitre 2 — Les objets de la guerre
Les pierres de guerre
L’histoire d’une guerre
Pierres de guerre et conversion : l’exemple de Bwêêyöuu Ërijiyi
Les collecteurs

Chapitre 3 — Les chefferies dans l’ordre colonial
La mise en ordre des chefferies
Ordre sanitaire et guerre kanake
L’invention différée du conseil des anciens

Chapitre 4 — Mobilisations au sortir de l’Indigénat
1945-1954 – Réforme administrative et mobilisation protestante
1955 – Une chasse aux sorciers
1957-1960 – Dynamiques de la scission

Chapitre 5 — Subjectivité de l’action violente
Les “ événements ” : mobilisations collectives et actions solitaires
Émotions politiques

Chapitre 6 — Construction et fiction du consensus
Politiques cérémonielles
Quatre espaces de mobilisation après l’Accord de Nouméa

Conclusion

Bibliographie, Table des figures

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • Michel Naepels, « Ethnographie, pragmatique, histoire : un parcours de recherche à Houaïlou, Nouvelle-Calédonie », Paris : Publications de la Sorbonne (Itinéraires), 2011
  • « Terrains et destins de Maurice Leenhardt » sous la dir. de Michel Naepels et Christine Salomon, Paris : École des hautes études en sciences sociales, 2007
  • « Les rivages du temps : histoire et anthropologie du Pacifique » textes réunis par Isabelle Merle et Michel Naepels, Paris : L'Harmattan (Cahiers du Pacifique Sud contemporain, 3), 2003
  • « Partir à Nouméa : remarques sur les migrants originaires de la région ajië » in Alban Bensa et Isabelle Leblic, En pays kanak : ethnologie, linguistique, archéologie, histoire de la Nouvelle-Calédonie, Paris : Ed. de la Maison des sciences de l'homme (Ethnologie de la France), 2000
  • Michel Naepels, « Histoire de terres kanakes : conflits fonciers et rapports sociaux dans la région de Houaïlou (Nouvelle Calédonie) », Paris : Belin (Socio-histoires), 1998

mise-à-jour : 27 novembre 2018
Michel Naepels
En Nouvelle-Calédonie, un non en trompe-l'œil
Le Monde, 24 novembre 2018
Michel Naepels : Conjurer la guerre - violence et pouvoir à Houaïlou
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