Jean Métellus

Braises de la mémoire

Les éd. de Janus - Fiction & Témoignage

Paris, 2009

bibliothèque insulaire

   
Haïti
parutions 2009
Braises de la mémoire / Jean Métellus. - Paris : Les éd. de Janus, 2009. - 134 p. ; 19 cm. - (Fiction & Témoignage).
ISBN 978-2-912668-46-2
Jean Métellus a participé au 6e Salon du Livre Insulaire (Ouessant, 19-22 août 2004)
« Oublieuse mémoire », dit Supervielle,
j’écris « dans le registre à vif des plis de ma mémoire », répond Jean Métellus.

NOTE DE L'ÉDITEUR
: Dans ce recueil, Jean Métellus est une fois encore le chantre de son île natale, Haïti, riche de toutes les lumières, de toutes les senteurs, de toutes les musiques, de toutes les splendeurs du monde, mais meurtrie, mutilée, vidée de sa substance par les occupations successives, puis par leurs séquelles. Si ce thème se poursuit dans la plupart des œuvres poétiques, ici, l’évocation se fait au travers du philtre de la mémoire. Et curieusement, ce philtre, loin d’apaiser la souffrance, de la rendre plus lointaine, plus supportable, donne naissance à une poésie ardente, parfois impérieuse, toujours altière qui emporte le lecteur corps et âme, jusqu’à faire naître en lui un ineffaçable tourment.

Il arrive aussi que la mémoire se laisse submerger par un présent tout immédiat — celui des « sens », des « humeurs » — aussi bien que cosmique, celui où « les astres défilent et giflent nos vertiges ». Faut-il croire le poète quand il affirme « une étrange étrave étrangle mon langage » ? Car le poème à la fois sensuel, onirique ou tout simplement narratif, est porté par une langue tour à tour somptueuse, savante ou familière qui n’appartient qu’à lui.

« Appartenant à cette vaste diaspora Haïtienne que la dictature des Duvalier a contrainte à l'exil, Jean Métellus a su maintenir par l'écriture un lien étroit avec son pays. Né à Jacmel, où il fut quelque temps professeur, il s'est installé à Paris en 1959, y a étudié la linguistique et la médecine, puis s'est spécialisé en neurologie. En 1973, la revue Les Lettres nouvelles publie un long poème, Au pipirite chantant, qui s'impose d'emblée comme une œuvre forte et novatrice. (…) En refusant une haïtiennité simplement affichée à la surface de l'œuvre, Métellus revendique, pour les écrivains haïtiens, la liberté de ne pas s'enfermer dans le régionalisme. » — Jean-Louis Joubert, Dictionnaire de la littérature Française du XXe siècle.
EXTRAIT (…)
Maintenant que la vieillesse
Ajoute à ma tristesse
Cette cruelle tristesse
De ne pouvoir ni mordre ni croquer
Maintenant que la vieillesse
Obnubile toute mes pensées
Et m'éloigne de l'orient de la vie
Je retombe en enfance
Je me repose à outrance
Puis marche, branlant
Appuyé sur une canne de gaïac
Le dos tourné vers les étoiles

Mais je dois vivre de mes rêves
J'irai au village
Et même dans les hounforts
Conter à la jeunesse
Les temps forts des nègres d'Haïti
Et l'histoire de Charlemagne Péralte
D'un coup ma mémoire se réveille
Je revois l'épopée de Dessalines
Dessalines inhumé par Défilée la folle
Innocente comme l'eau de source
Elle emporte les restes d'un homme assassiné
Défilée, Défilée la folle
Ce nom chante dans ma mémoire
Défiler dans la rue, en procession, en foule
Délirer, Défiler, Déferler
Défier la misère
Hurler contre l'injustice
Et accueillir la mort

Le ciel n'embrasse plus la terre
Dépossédés de nos récoltes anciennes
Pour une bouchée de pain, pour un sou ou pour rien
Nous voici maintenant telles des ombres peintes

Mais le temps du réveil est proche
Nos enfants le préparent

 pp. 32-33
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Anacaona », Paris : Hatier, 1986, 2002
  • « Au pipirite chantant » (rééd.), Paris : Les Lettres nouvelles - Maurice Nadeau, 1995
  • « Charles-Honoré Bonnefoy », Paris : Gallimard, 1990
  • « Colomb », Case-Pilote : Éd. de l'autre mer, 1992
  • « Haïti, une nation pathétique », Paris : Denoël, 1987 ; Maisonneuve & Larose, 2002
  • « Hommes de plein vent » (rééd.), Ivry-sur-Seine : Éd. nouvelles du Sud, 1992
  • « Jacmel » (éd. bilingue français-espagnol), Asnières : Éd. Orénoque, 1991
  • « Jacmel au crépuscule », Paris : Gallimard, 1981
  • « L'année Dessalines », Paris : Gallimard, 1986
  • « L'archevêque », Pantin : Le Temps des cerises, 1999
  • « La famille Vortex », Paris : Gallimard, 1982 ; Gallimard (L'Imaginaire, 598), 2010
  • « La parole prisonnière », Paris : Gallimard, 1986
  • « La vie en partage », Paris : Desclée de Brouwer, 2000
  • « Le pont rouge », Ivry-sur-Seine : Éd. nouvelles du Sud, 1991
  • « Les Cacos », Paris : Gallimard, 1989
  • « Les dieux pélerins », Ivry-sur-Seine : Éd. nouvelles du Sud, 1997
  • « Louis Vortex », Paris : Messidor, 1992 ; Léchelle : Emina Soleil, 2005
  • « Sous la dictée du vrai » propos recueillis par Jacques-Hubert de Poncheville, Paris : Desclée de Brouwer, 1999
  • « Tous ces chants sereins », Mareuil-sur-Mauldre : Éd. Qui vive, 1980
  • « Toussaint Louverture », Paris : Hatier international, 2003
  • « Toussaint Louverture, le précurseur », Pantin : Le Temps des cerises, 2004
  • « Une eau-forte », Paris : Gallimard, 1983
  • « Visages de femmes », Pantin : Le Temps des cerises, 2008
  • « Voix nègres », Solignac : Le Bruit des autres, 1992
  • « Voix nègres, voix rebelles », Paris : Le Temps des cerises, 2000
  • « Voix nègres, voix rebelles, voix fraternelles », Pantin : Le Temps des cerises, 2007
  • « Voyance », Paris : Hatier, 1984
  • avec Marcel Dorigny, « De l'esclavage aux abolitions, XVIIIe-XXe siècles », Paris : Cercle d'art, 1998
site à la mémoire de Jean Metellus : http://www.jeanmetellus.com
sur le site « île en île » : dossier Jean Métellus

mise-à-jour : 6 janvier 2014
Jean Métellus
est décédé à Paris
le 4 janvier 2014
« La France doit dire qu'il n'est plus possible de collaborer avec Aristide »,
interview de Jean Métellus
recueillie par Vianney Aubert,
Le Figaro, 19 février 2004

   ACCUEIL
   BIBLIOTHÈQUE INSULAIRE
   LETTRES DES ÎLES
   ALBUM : IMAGES DES ÎLES
   ÉVÉNEMENTS

   OPINIONS

   CONTACT


ÉDITEURS
PRESSE
BLOGS
SALONS ET PRIX