Hubert Mingarelli

L'homme qui avait soif

Stock

Paris, 2014

bibliothèque insulaire

   
Autour du Japon
parutions 2014
L'homme qui avait soif / Hubert Mingarelli. - Paris : Stock, 2014. - 154 p. ; 22 cm.
ISBN 978-2-234-07486-6
En 1946, un soldat japonais démobilisé prend le train à destination d'Akira, port d'embarquement pour l'île d'Hokkaido où l'attend sa fiancée Shigeko. Las et sans ressources, il est hanté par les souvenirs de la bataille de Peleliu et, dans la confusion d'une brève étape, il laisse repartir le train ; sa valise est restée à bord, avec le cadeau qu'il destinait à Shigeko.

Mais ni la route pleine d'embûches ni l'espoir de retrouver sa valise ne parviennent à divertir les pensées d'Hisao qui demeurent emprisonnées dans le dédale des galeries défensives forées au cœur de la montagne qui domine Peleliu. Avec son ami Takeshi, qui chantait pour apprivoiser sa peur, Hisao a participé à l'édification de l'obscur réseau fortifié. Semaines ou mois d'attente laborieuse et aveugle jusqu'au déclenchement du combat ; jusqu'à l'explosion ; jusqu'à la mort de Takeshi et jusqu'à sa propre survie — aussi inexplicables et injustifiables l'une que l'autre.

Hubert Mingarelli mène sans emphase ce sévère contrepoint, entre la pénombre où se débat le survivant et les ténèbres où il pense avoir perdu son âme.
EXTRAIT    Dans la montagne, après que Takeshi eut raconté ce qu'il avait vu dehors, et parlé des bateaux qui étaient partis, ils s'endormirent finalement. Hisao dormit mal, par à-coups. Plusieurs fois Takeshi l'avait senti bouger. À un moment il l'avait vu se dresser sur un coude. En se réveillant, quelques heures plus tard et avant Takeshi, Hisao alla plus vite que d'habitude boire dans les seaux. Il but à grand coups, il se mouilla la tête, la poitrine, il respirait vite. Takeshi l'avait rejoint, et avant de boire, il dit : « Demande à travailler aux wagonnets, porte-toi volontaire, tu verras la lumière du jour, ça te fera du bien, ça m'a fait du bien. » Hisao faisait mine d'y réfléchir. Takeshi but un grand coup et dit : « Tu verras aussi comme on est loin dans la montagne. Et tu ne pourras même pas compter les galleries tellement ils en ont creusé derrière nous. Elles aussi elles nous protégeront. »
   Ils finirent de boire, de se laver, et allèrent toucher leur ration de riz et de poisson séché. Ils en mangèrent une partie et retournèrent sur le front de taille. Ils virent les dos couverts de poussière jaune. Il sentirent la sueur et l'âcre odeur de l'urine. On leur passa les pics et les pelles, sans un mot. Ils creusèrent dans la montagne. C'était le jour, c'était la nuit. Comment le savoir. Ils cognaient, frappaient, la roche éclatait. Ils sentaient les vibrations des manches en bois jusque dans la nuque. Il y avait longtemps que leurs mains ne leur faisaient plus mal. Elles avaient saigné au début, avaient cicatrisé, avaient saigné encore, et finalement étaient devenues fortes. Les muscles de leurs bras s'étaient endurcis aussi. Mais les vibrations transmises par le longs manches en bois jusque dans la nuque, ça, il n'y avait rien pour s'y faire.
   Hisao ne se porta pas volontaire au déblaiement, car il croyait Takeshi sur parole qu'ils étaient loin dans la montagne, et que d'innombrables galeries avaient été creusées derrière eux. Mais il avait trop peur de voir de ses propres yeux, la mer sans les bateaux.

pp. 63-64
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
Peleliu est une île d'une quinzaine de km2 dans l'archipel de Palau en Micronésie. La bataille qui y opposa Américains et Japonais à l'automne 1944 compte parmi les plus meurtrières de la seconde guerre mondiale ; cette bataille, inscrite dans une stratégie souvent contestée, a donné lieu à de nombreuses publications aux Etats-Unis (où, semble-t-il, d'éventuels travaux japonais n'ont pas été traduits). Les références qui suivent ne prétendent pas à l'exhaustivité.
  • Bobby C. Blair and John Peter DeCioccio, « Victory at Peleliu : the 81st infantry division's Pacific campaign », Norman : University of Oklahoma press, 2011
  • Eric M. Hammel, « Last man standing : the 1st Marine Regiment on Peleliu, September 15-21, 1944 », Minneapolis : Zenith press, 2008
  • Harry A. Gailey, « Peleliu, 1944 », Annapolis (Maryland) : Nautical & Aviation publishing company of America, 1983
  • Ann Owens Gilliland, « Peleliu remembered », Fort Worth : Booker publications, 1994
  • James H. Hallas, « The devil's anvil : the assault on Peleliu », Westport (Conn.) : Praeger, 1994
  • Frank O. Hough, « The assault on Peleliu », Washington : Historical division, Headquarters U.S. Marine corps, 1950
  • George P. Hunt, « Coral comes high », New York : Harper & brothers, 1946
  • Jim Moran and Gordon L. Rottman, « Peleliu 1944 : the forgotten corner of hell », Westport (Conn.) : Praeger, 2004
  • E. B. Sledge, « With the old breed, at Peleliu and Okinawa », New York : Presidio press, 2010
  • Bill Sloan, « Brotherhood of heroes : the Marines at Peleliu, 1944, the bloodiest battle of the Pacific War », New York : Simon & Schuster, 2005
  • Derrick Wright, « To the far side of hell : the battle for Peleliu, 1944 », Tuscaloosa : University of Alabama press, 2005

mise-à-jour : 10 avril 2014

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