Colum McCann

Apeirogon

Belfond

Paris, 2018

bibliothèque insulaire

   
Irlande
parutions 2020
Apeirogon / Colum McCann ; trad. de l'anglais (Irlande) par Clément Baude - Paris : Belfond, 2020. - 509 p. : ill. ; 23 cm.
ISBN 978-2-7144-5008-1
Ça ne s'arrêtera pas tant que nous ne discuterons pas.

p. 169

Abir (Palestinienne) et Smadar (Israélienne), deux jeunes filles nées sur la même terre ont été tuées d'une balle dans la tête pour l'une et dans l'explosion d'une bombe pour l'autre — victimes non d'un des deux camps mais du conflit fratricide 1 qui dresse l'un contre l'autre. Deux crimes inexcusables. Deux jeunesses empêchées sans raison qui tienne. Deux familles ravagées sans raison qui tienne.

Mais Rami et Bassam, pères d'Abir et de Smadar, ont décidé de surmonter l'indicible souffrance et de forcer, main dans la main, un chemin vers la paix, au risque de passer pour des traîtres dans leurs camps respectifs.

Colum McCann vit aujourd'hui à New York, mais il est né à Dublin dans une île déchirée par un conflit fratricide ; il en a mesuré au plus près les ravages, a éprouvé les échos qui résonnent d'une terre à l'autre, de l'Irlande à Israël/Palestine : “ solidarité des Irlandais avec le peuple palestinien ” (p. 200) ; “ dans les années 1980, l'endroit où il se vendait le plus de drapeaux israéliens — en dehors d'Israël — était l'Irlande du Nord ” (p. 205). Enfin Colum McCann a pu constater l'avancée obtenue dans son île après que les frères ennemis aient accepté de se parler.

Dans un ouvrage précédent, Colum McCann condamnait le manque d'engagement et d'ambition des écrivains de son temps : “ Nous avons laissé nos voix se déprécier au bénéfice du confort. Notre boussole éthique est déréglée. Nous avons cédé devant la neutralité ” 2. Derrière son titre énigmatique 3, Apeirogon éclaire un chemin d'espoir et de dignité, aussi exigent qu'indispensable au droit de vivre en Israël/Palestine — et à la sauvegarde de notre humanité.
       
1. “ Nous sommes des sémites, tous, Israéliens comme Palestiniens. ” — p. 221
2.“ Lettres à un jeune auteur ” (2018), p. 160
3. Apeirogon : une forme possédant un nombre dénombrablement infini de côtés. ” (p. 100) : titre d'une œuvre éclatée en mille-et-un fragments …
EXTRAIT
1001

Il était une fois, il n'y a pas si longtemps, et pas si loin que ça, Rami Elhanan, un Israélien, juif, graphiste, mari de Nurit, père de Guy, d'Elik et de Yigal, père aussi de la défunte Smadar, fit à moto le trajet entre la banlieue de Jérusalem et le monastère de Crémisan, situé dans la ville majoritairement chrétienne de Beit Jala, près de Bethléem, dans les collines de Judée, afin d'y retrouver Bassam Aramin, un Palestinien, musulman, ancien prisonnier, militant, né près d'Hébron, mari de Salwa, père d'Araab, d'Arin, de Mohamed, d'Ahmed et de Hiba, père aussi de la défunte Abir, dix ans, abattue par un garde-frontière israélien anonyme à Jérusalem-Est, presque dix ans après que la fille de Rami, Smadar, qui devait fêter ses quatorze ans deux semaines plus tard, eut été tuée dans la partie occidentale de la ville par trois kamikazes palestiniens, Bachar Sawalha, Youssef Shouli et Tawfik Yassine, originaires du village d'Assira al-Shamaliya, près de Naplouse en Cisjordanie, lieu mystérieux pour les auditeurs rassemblés à l'intérieur du monastère en brique rouge perché à flanc de colline, dans la montagne aux Amis, à côté des vignobles en terrasses, à l'ombre du Mur, venus d'aussi loin que Belfast et Kyushu, Paris et la Caroline du Nord, Santiago et Brooklyn, Copenhague et Terezin, en ce jour banal de la fin octobre, brumeux, un peu froid, pour écouter les histoires de Bassam et de Rami, et trouver dans leurs histoires une autre histoire, un cantique des cantiques, se découvrant — vous et moi — dans la chapelle en pierre où nous restions assis des heures, attentifs, désespérés, gais, troublés, cyniques, complices, silencieux, tandis que nos souvenirs implosent, que nos synapses déraillent, dans l'obscurité qui avance, et que nous nous rappelons, en écoutant, toutes ces histoires qui n'ont pas encore été racontées.

pp. 257-258
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Apeirogon », New York : Random house, 2020
  • « Le chant du coyotte », Paris : Marval, 1996 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 2799), 1998
  • « Les saisons de la nuit », Paris : Belfond, 1998, 2007 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 3145), 2000
  • « La rivière de l'exil », Paris : Belfond, 1999 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 3319), 2001
  • « Ailleurs en ce pays », Paris : Belfond, 2001 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 3556), 2003
  • « Zoli », Paris : Belfond, 2007 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 4172), 2008
  • « Et que le vaste monde poursuive sa course folle », Paris : Belfond, 2009 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 4397), 2010
  • « Transatlantic », Paris : Belfond, 2013 ; Paris : 10/18 (Domaine étranger, 4828), 2014
  • « Treize façons de voir », Paris : Belfond, 2016
  • « Lettres à un jeune auteur », Paris : Belfond, 2018
site internet de Colum McCann

mise-à-jour : 13 octobre 2020
Colum McCann : Apeirogon
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