Pierre Loti

L'île de Pâques : Journal d'un aspirant de La Flore

Christian Pirot

Saint Cyr-sur-Loire, 2006

bibliothèque insulaire

      

peintres des îles
parutions 2006
L'île de Pâques : Journal d'un aspirant de La Flore, précédé du Journal intime (3-8 janvier 1872) [éd. de 1988 établie par Pierre-Olivier Combelles, augmentée de pages et notes oubliées] / Pierre Loti ; préface d'Yves La Prairie ; introduction de Pierre P. Loti-Viaud. - St Cyr-sur-Loire : Christian Pirot, 2006. - 143 p. : ill. ; 23 cm.
ISBN 2-86808-233-6

En janvier 1872 Julien Viaud, âgé de vingt-deux ans, est aspirant à bord de La Flore qui, sur la route de Valparaiso à Tahiti, fait une escale de quatre jours et quelques heures à l'île de Pâques ; doué pour le dessin, il est autorisé à quitter le bord chaque jour pour faire des croquis et faciliter le troc entre les officiers et la population de l'île 1.

De cette rapide escale subsistent dessins et croquis 2, le journal resté longtemps inédit, et la transcription qu'en donne l'auteur lui-même vingt-sept ans plus tard dans « Reflets sur la sombre route ». En 1988, Pierre-Olivier Combelles avait publié les deux textes à la suite l'un de l'autre ; c'est cette édition revue, corrigée et enrichie 3 que propose l'éditeur Christian Pirot.

Le parallèle entre les deux états du Journal d'une part et, d'autre part, les images (femmes et hommes de l'île, idoles, statues, pierres gravées, motifs de tatouages, paysages) est particulièrement éclairant — s'y dévoile, à tout le moins, la subjectivité du regard d'un visiteur à la sensibilité exacerbée : « peu à peu, écrit-il, l'âme des anciens hommes de Rapa-Nui pénètre la mienne … Voici que je partage leur angoisse devant l'énormité des eaux … J'éprouve un serrement de cœur en leur faisant mes adieux, car ce sont de grands adieux, et entre nous l'éternité commence » 4.

1.Dans le Journal saisi sur le vif Julien Viaud se soucie peu des termes de tels échanges, mais plus tard il soulignera le déséquilibre de ce commerce dérisoirement mesquin. Se souvenant avoir conclu pour le compte de l'amiral l'échange d'un dieu en pierre  contre une redingote, il note avoir commis une faute de lèse-sauvagerie …
2.Que l'auteur sera le premier à multiplier ; en escale peu après à Nuku Hiva, il écrit à sa sœur : « j'ai (…) été très occupé (…) avec les dessins que l'amiral m'a commandés de ces monuments de l'île de Pâques ; il m'a fallu travailler d'arrache-pied (…) et faire souvent jusqu'à cinq éditions d'une même image. Il y en avait pour le ministre, pour l'amiral, le commandant, etc., etc., tout le monde en voulait (…) et il n'y avait aucun moyen de refuser »  (cité p. 131).
3.« Pour des raisons aussi mystérieuses que ne l'est l'île de Pâques, le texte de l'édition de 1988 se trouve amputé des dernières pages du Journal et de la plupart des notes de l'auteur, aujourd'hui rétablies. Pour le reste, j'ai suivi les initiatives de Pierre-Olivier Combelles. » (NdE, p. 8).
4.Cité par Yves La Prairie, Préface, p. 15.
EXTRAITS

On éprouve des sentiments nouveaux et intraduisibles, en se promenant dans cette immense solitude, au milieu de cette population pétrifiée. Sous mes pieds s'étendent ces plaines jonchées d'idoles, que peu d'Européens sont venus voir avant nous … et là-bas, à l'horizon, se déroule le grand océan.

Méry a dit de certain temple souterrain de la vieille Inde, rempli de sculptures monstrueuses, que c'était un rêve pétrifié ; ce mot est juste aussi pour l'île de Pâques, et il est incontestable que ce pays tient beaucoup du cauchemar.

Le retour est précipité ; […].

p. 65 (Journal intime, 6 janvier 1872)

Nous sommes à mi-montagne, ici, au milieu des sourires de ces grands visages de pierre ; au-dessus de nos têtes, nous avons les rebords du cratère éteint, sous nos pieds la plaine déserte jonchée de statues et de ruines, et pour horizon les infinis d'une mer presque éternellement sans navires …

Ces mornes figures, ces groupes figés au soleil, vite, vite il me faut, puisque je l'ai promis, les esquisser sur mon album, tandis que mes compagnons s'endorment dans l'herbe. Et ma hâte, ma hâte fiévreuse à noter tous ces aspects — malgré la fatigue et le sommeil impérieux contre lesquels je me défends — ma hâte est pour rendre plus particuliers et plus étranges encore les souvenirs que cette vision m'aura laissés …

En effet, tout de suite après, c'est le départ, car le commandant s'inquiète, et nous aussi, de la trop longue route que nous avons à refaire avant la nuit à travers les solitudes centrales ; le départ, avec la certitude que jamais dans notre vie nous ne reviendrons en visite chez ces dieux, au fond de leur invraisemblable domaine.

pp. 119-121 (Reflets sur la sombre route, 1899)
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE

mise-à-jour : 23 avril 2013

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