Jonathan Swift

Modeste proposition [suivie de] Voyage chez les Houyhnhnms, chap. XII

Le Passager clandestin

Le Pré Saint-Gervais, 2010

bibliothèque insulaire

   
Irlande
parutions 2010
Modeste proposition [suivie de] Voyage chez les Houyhnhnms, chap. XII / Jonathan Swift ; présentation par Raoul Vaneigem ; trad. de l'anglais par Léon de Wailly ; suivi de Pouquoi une faim galopante au XXIe siècle et comment l'éradiquer, par Eric Toussaint et Damien Millet. - Le Pré Saint-Gervais : Le Passager clandestin, 2010. - 75 p. ; 17 cm.
ISBN 978-2-916952-29-1
À notre époque, Swift n'aurait guère à forcer son imagination.

Raoul Vaneigem,
Désespérer le désespoir et en finir avec la logique suicidaire, p. 14

En 1729, quand il fait paraître sa Modeste proposition, Jonathan Swift est, depuis une quinzaine d'années, Doyen de la cathédrale de Saint-Patrick (Anglican church of Ireland) ; il combat vigoureusement la politique de colonisation anglaise en Irlande, ce qui lui vaut entre autres l'inimitié de la reine Anne.

La Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public est un cri de colère violent mais raisonné, ce qui accentue sa rudesse. Swift propose en effet aux propriétaires terriens — les landlords — qu'il tient pour responsables de la misère du peuple irlandais d'aller au bout de leur logique et de manger les enfants des pauvres : « j'accorde que cet aliment sera un peu cher, ce qui le destinera tout particulièrement aux propriétaires qui, puisqu'ils ont déjà dévoré la plupart des pères — as they have already devoured most of the parents —, paraissent avoir le plus de droits sur les enfants » (p. 34).

Dix ans après la parution du pamphlet la famine frappe l'île ; selon certains historiens les conséquences sont alors comparables à celles de la Grande famine qui, entre 1845 et 1852, causera la mort de 10 % de la population.
INCIPIT C’est une triste chose, pour ceux qui se promènent dans cette grande ville ou voyagent dans la campagne que de voir les rues, les routes et les portes des cabanes encombrées de mendiantes que suivent trois, quatre ou six enfants en haillons qui importunent les passants pour avoir l’aumône. Ces mères, au lieu d’être en état de gagner honnêtement leur vie, sont forcées de passer leur temps à mendier de quoi nourrir leurs malheureux enfants qui, faute de travail, deviennent voleurs en grandissant, ou quittent leur cher pays natal pour s’enrôler au service du prétendant en Espagne ou se vendent aux Barbades.

Tous les partis tombent d’accord, je pense, que ce nombre prodigieux d’enfants sur les bras, le dos ou sur les talons de leurs mères (et souvent de leurs pères) est, dans le déplorable état de ce royaume, un lourd fardeau supplémentaire. C’est pourquoi quiconque trouverait un moyen honnête, économique et facile de faire de ces enfants des membres sains et utiles de la communauté mériterait assez la reconnaissance du public pour qu’on lui érigeât une statue comme sauveur de la nation.

Mais, loin de se borner aux enfants des mendiants de profession, ma sollicitude embrasse l'ensemble des enfants d’un certain âge dès lors qu'ils sont nés de parents aussi peu en état de pourvoir à leurs besoins que ceux qui demandent la charité dans les rues.

Pour ma part, ayant, depuis bien des années, fait de cet important sujet le centre de mes réflexions et mûrement pesé les propositions de nos faiseurs de projets, je les ai toujours vus tomber dans de grossières erreurs de calcul.

Il est vrai qu’un enfant dont la mère vient d’accoucher peut vivre de son lait pendant une année solaire, à quoi s'ajoutera une nourriture d'appoint pour une valeur de deux shillings au plus, que la mère peut certainement se procurer, ou l’équivalent en rogatons, dans l'exercice légitime de son métier de mendiante. Mais c’est à ce moment précis où les enfants franchissent le seuil de leur première année que je propose de prendre à leur égard des mesures telles qu’au lieu d’être une charge pour leurs parents ou leur paroisse, ou de manquer d’aliments et de vêtements le reste de leur vie, ils contribuent, au contraire, à nourrir et en partie vêtir des milliers de personnes.

Modeste proposition, pp. 29-31
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « A modest proposal for preventing the children of poor people from becoming a burthen to their parents or country, and for making them beneficial to the publick », Dublin : printed by S. Harding, 1729
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à charge à leurs parents ou à leur pays et pour les rendre utiles au public » in Opuscules humoristiques de Swift, traduits pour la première fois par Léon de Wailly, Paris : Poulet-Malassis et De Broise, 1859
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public » [précédée de] « Lettre d'avis à un jeune poète et proposition pour l'encouragement de la poésie en Irlande », Paris : Albatroz (Mémoire, 203), 1991
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public », Paris : Mille et une nuits, 1995, 2001, 2006
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à charge à leurs parents ou à leur pays et pour les rendre utiles au public », in Instructions aux domestiques, et Opuscules humoristiques, Paris : Union générale d'éditions (10/18, 2909), 1997
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public » [précédée de] Jean-Olivier Héron, « Modeste proposition pour garantir la sécurité d'Israël et le bien être des Palestiniens en attendant la paix qui s'ensuivra peut-être », Paris : La Découverte, 2002
  • « Modeste proposition, et autres textes », Paris : Gallimard (Folio 2, 5423), 2012
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à la charge de leurs parents et de leur pays et pour les rendre utiles à la société », in Bévues, défauts, désolations et infortunes de Quilca, Montélimar : Voix d'encre, 2013
  • « Modeste proposition pour empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à la charge de leurs parents ou de leur pays et pour les rendre utiles au public », in Résolution pour l'époque où je deviendrai vieux, et autres Opuscules humoristiques, Paris : Flammarion (GF), 2014

mise-à-jour : 6 juillet 2016
   ACCUEIL
   BIBLIOTHÈQUE INSULAIRE
   LETTRES DES ÎLES
   ALBUM : IMAGES DES ÎLES
   ÉVÉNEMENTS

   OPINIONS

   CONTACT


ÉDITEURS
PRESSE
BLOGS
SALONS ET PRIX