Serge Henri Rodin

Caprice-de-la-lune : Récits des tribulations de Père-du-petit-garçon (Renirenin-Drainilita), illustrations de Mamy Rajoelisolo

Éd. Grand Océan [mail] - Tantara sy vina

Saint Denis (La Réunion), 2000

bibliothèque insulaire
   
édité dans l'océan Indien
Madagascar

parutions 2000

Caprice-de-la-lune, récits des tribulations de Père-du-petit-garçon (Renirenin-Drainilita) / Serge Henri Rodin ; ill. de Mamy Rajoelisolo. - Saint Denis (La Réunion) : Grand océan, 2000. - 159 p. : ill. ; 21 cm. - (Tantara sy Vina : Fictions et visions du grand océan).
ISBN 2-911267-99-0

JEAN-FRANÇOIS REVERZY : La Grande île de Madagascar a toujours été un objet de fascination pour ses visiteurs. Disons le pourtant : des récits de voyage des navigateurs et des conquérants, aux romans coloniaux ou aux études scientifiques et aux compilations savantes, aucun texte ne rend vraiment compte de la radicale étrangeté de cette terre, de la part d'énigme et de mystère qui en émane, du Cap d'Ambre à Fort-Dauphin. Les auteurs malgaches, en premier lieu tous ceux qui, anonymes, ont transmis et chanté dans la tradition orale les hommes et les dieux, auraient-ils surmonté cet obstacle ? Sans nul doute, comme en témoignent bon nombre de corpus de récits légendaires et de Hain-teny, dans la mesure où ils sont traduisibles — ce qui n'est pas entièrement assuré. Par contre la littérature malgache d'expression française née de la colonisation s'est en grande partie aliénée dans les conventions d'écriture prosaïque ou poétique empruntées à la modernité francophone. Seul un J.-J. Rabearivelo ferait exception et rupture dans ses deux œuvres Traduit de la nuit et Presque-songe dans leur double version malgache et française.

Caprice-de-la-lune trace enfin une voie novatrice dans les littératures de l'océan Indien et dans la littérature malgache contemporaine. Affirmons-le : il y aura un avant et un après Caprice-de-la-lune ; ce livre ouvre une porte sur un nouveau monde et marque aussi une rupture …

[…]

Cette rupture se marque en premier lieu dans la forme même de l'ouvrage ; une forme, apparemment narrative, mais où affleure en permanence derrière la langue française le socle de la langue-mère de l'auteur. […] L'écriture de Serge Rodin est avant tout plus poétique, avec son récitatif, ses formules répétitives de refrains ou de ritournelles (Chien de soleil … !) où prévalent le souffle, le chant, la voix. Cet ouvrage possède l'insigne honneur d'être inclassable […]. Ce n'est là ni recueil de poèmes en prose, ni collecte de nouvelles, ni roman malgré l'unité et les fils conducteurs qui circulent d'un texte à l'autre.

[…]

C'est dire qu'il y a de l'épopée dans le texte de Serge Rodin, et que l'on pense au Tantaran'ny Andriana, ce texte majeur de l'histoire de Madagascar et de l'Imerina, mais un Tantara revu par la modernité dont les héros et les princes vivraient par destin en marge de la société du spectacle. Cette épopée est celle d'un peuple de spectres et l'on ne sait jamais si ces personnages appartiennent au monde des vivants ou des morts. S'ils ne sont pas les éternels revenants d'un éternel retour, les prophètes de l'au-delà venus rappeler aux vivants, et surtout aux princes de ce Monde, la vanité et l'inconstance de leurs emprises.

[…]

Cette épopée spectrale s'avère aussi un récit chiffré. A la manière du grand texte de la mystique juive, elle nous relate une cosmogonie et une chute mais aussi une gnose, le chemin d'une rédemption. […] Il nous délivre quelque part les arcanes qui mènent aux sources premières, à l'âme même de Madagascar, à l'intimité de ses mystères. Inutile d'évoquer plus loin combien le mythe de la Lémurie qui inverse la science-fiction du discours officiel sur le peuplement de Madagascar, en faisant du continent perdu de l'océan Indien, le centre et non plus la périphérie apparaît en résonance avec cette écriture …

Préface, pp. 8-11

EXTRAIT

Longtemps après et dans un lieu ignoré à la fois de ceux des hauteurs et de ceux des vallées, plus désert que la Région-des-rochers-coupés, un petit homme aux étranges manières, qui avait pris désormais le nom de Aîné-qui-savait, répondait sans impatience aux questions d'un adolescent : non, il fallait attendre d'être bien aguerri pour repartir ; oui, les vrais guerriers ne devaient pas s'aveulir, ils vivaient de butin ; oui, ils ne restaient pas vieux car la sénilité était la punition de ceux qui s'établissaient ; non, pour eux, Dieu était mort depuis longtemps, mais Il avait laissé ce chien de soleil ; pour les autres aussi d'ailleurs.

p. 43

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Ambodiafontsy », in Dominique Ranaivoson (éd.), Chroniques de Madagascar, Saint Maur-des-Fossés : Sépia, 2005
  • « Hira malagasy » Chansons madécasses d'Evariste Parny, trad. en malgache par Serge-Henri Rodin, Saint-Denis (La Réunion) : Grand océan, 2002

mise-à-jour : 27 avril 2015

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