Jean-Joseph Rabearivelo

« Reconnaissance à Paul Gauguin », in : Presque-Songes / Sari-Nofy

Sépia / Tsipika [mail]

St Maur-des-Fossés et Antananarivo, 2006

bibliothèque insulaire

 
peintres des îles

Gauguin

parutions 2006
Presque-songes = Sary-Nofy / Jean-Joseph Rabearivelo ; présentation de Claire Riffard. - Saint Maur-des-Fossés : Sépia ; Antanarivo : Tsipika, 2006 ; 127 p. ; 18 cm. - (Océan Indien).
ISBN 2-84280-119-9
Jean-Joseph Rabearivelo (1901-1937) est par excellence le poète de Madagascar, écrivant autant dans sa langue natale qu'en français, éprouvant au plus intime l'enrichissement et l'amertume d'une identité culturelle partagée entre la terre des ancêtres et la puissance coloniale.

Deux Français, Pierre Cambo ou Urbain Faurec le dédicataire du poème, peuvent avoir orienté ses regards vers la peinture de Paul Gauguin (en l'occurence les planches en noir et blanc de la monographie de Robert Rey) ; l'accord s'est établi immédiatement — consolidé par la fascination qu'exerçaient l'océan Pacifique et ses constellations insulaires d'où sort, au terme de longues navigations, une branche de la population malgache.

L'onde levée par la peinture de Gauguin dans la pensée de Rabearivelo est durable ; il y revient dans ses calepins bleus 1 :

« Ma pensée vogue à travers les mers et cherche je ne sais quels nids d’oiseaux inconnus au cœur des palmes océaniennes … Gauguin et les Vahinés — le peintre et mes Ancêtres dans un décor végétal et parmi les friselis de pagnes sur lesquels a juté la pulpe des fruits du Tropique natal …
Vif désir de relire les Lettres des Îles Paradis 2, tandis que, d’une main, je feuillette tel album d’estampes … Alors, du fond du cœur s’élèvent les strophes paniques mais voilées de ma Reconnaissance à Paul Gauguin. Alors aussi mes yeux s’embuent et s’illuminent à la fois puisque je crois assister aux choses oubliées du Gd. Principe : voiles de boutres claquant au vent, chants et danses malais sur la mer … peut-être pour exorciser les dieux de l’élément liquide.
Une langue encore pure, celle de la tribu, qui ne sera jamais plus retrouvée mais que les Poëtes auront pour mission de mallarmiser, pour peu qu’ils aient le désir de survivre ».
       
1.Jean-Joseph Rabearivelo, « Les calepins bleus, 1933-1937 » in Œuvres complètes tome I, Éd. critique coordonnée par Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, Paris : CNRS éditions, Présence africaine (Planète libre, 2), 2010 — 6 mai 1933, pp. 90-91.
2.Il est précisé, en note à l'édition de 2010, que l'auteur pensait vraisemblablement aux Lettres des Mers du Sud de Stevenson plutôt qu'aux Lettres des Îles Paradis éditées par Bohun Lynch (n. 20, p. 90).
EXTRAIT Je compare, je confronte
les ombres des ombres animées par le maître
qui dorment dans le livre de Robert Rey 1

comme des captives enchaînées,
et quelques feuilles océaniennes
où il y a des images en noir,
et les hommes qui m'entourent,
et moi-même aussi.

[…]
et tandis que s'élève le chant des continents,
je clame ton nom,
ô Paul Gauguin, ô Paul Gauguin
qui t'exilas au bord de la mer lointaine
où les pères s'étaient peut-être embarqués dans des boutres —
là où je fusse, moi, resté
en l'attente de ton miracle.

pp. 103-105
       
1.Robert Rey, « Gauguin », Paris : Rieder, 1924
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Les calepins bleus », in Œuvres complètes, tome I, Paris, 2010
  • « Presque-Songes », in Œuvres complètes, tome II, Paris, 2012
  • « Presque-songes », Tananarive : Imprimerie de l'Imerina, 1934
  • « Presque-songes [suivi de] Traduit de la nuit », Tananarive : Les Amis de Rabearivelo, 1960
  • « Presque songes [suivi de] Traduit de la nuit [et de] Chants pour Abéone », Paris : Hatier, 1990
  • « Presque-songes = Sary-Nofy », Saint Maur-des-Fossés : Sépia, Antanarivo : Tsipika, 2006
  • « Œuvres complètes, tome I : Le diariste (Les Calepins bleus), L'épistolier, Le moraliste » éd. critique coordonnée par Serge Meitinger, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, Paris : CNRS éditions, Présence africaine, 2010
  • « Œuvres complètes, tome II : Le poète, Le narrateur, Le dramaturge, Le critique, Le passeur de langues, L'historien » éd. critique coordonnée par Serge Meitinger, Laurence Ink, Liliane Ramarosoa et Claire Riffard, Paris : CNRS éditions, 2012
  • « Hainteny, poèmes traditionnels d'Imerina » traduits par Jean-Joseph Rabearivelo et illustrés par Mamy Rajoelisolo,Le Tampon (La Réunion), Antananarivo (Madagascar) : Dodo vole, 2016

mise-à-jour : 19 septembre 2017
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