Hérésies
glorieuses / Lisa McInerney ; trad. de l'anglais (Irlande) par
Catherine Richard-Mas. - Paris : La Table ronde, 2020. -
536 p. ; 18 cm. - (La Petite
vermillon, 476).
ISBN 978-2-7103-8943-9
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NOTE
DE L'ÉDITEUR : Jimmy Phelan
trône sur la ville de Cork comme sur un tas de billets. Il
est de toutes les magouilles, et mieux vaut marcher dans son sens que
croiser son chemin. Pourtant sa mère, Maureen,
fraîchement installée dans l'ancien bordel dont il
est propriétaire, réussit à semer la
pagaille dans ce bel équilibre. Quand un inconnu se
présente à sa porte, elle lui assène
un coup fatal et déclenche une série de malheurs
dans cette ville où cohabitent dealers,
prostituées et chrétiens illuminés se
faisant un devoir de réparer les
dégâts … qu'ils ont
eux-mêmes causés. Mais Maureen n'est pas
née de la dernière pluie et compte bien se laver
de toute culpabilité à sa façon.
❙ |
Lisa McInerney est née en 1981
à Galway. Hérésies
glorieuses est son premier roman,
récompensé en 2016 par le Bailey's Women Prise
for Fiction, dont la suite Miracles
du sang a paru aux éditions Joëlle
Losfeld en 2018. |
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KAREN
LAJON :
Hérésies
glorieuses, qualifié de
chef-d'œuvre par le journal Le Monde, aurait pu
pâtir d'une telle réputation trois ans
après sa découverte. Bien au contraire. La plume
noire de Lisa McInerney nous fait le même effet :
puissante, dévastatrice et cinglante.
[…]
On est
chez les nécessiteux, les losers, les junkies, les
pas comme nous. Hérésies
Glorieuses suinte l'opacité graisseuse, celle
qui vous colle aux doigts après un poulet frit
mangé dans une gargote […]. On est chez les
gangsters, ceux qui tiennent la ville et ceux qui la nettoient.
[…]
L'auteur
colle le lecteur au plafond avec ses formules chocs
et stylisées. L'idée est de nous faire suffoquer,
pas d'issue pour ces gens qui ne sont pas de braves gens. La
rédemption n'a pas sa place chez Lisa McInerney.
☐
Le
Journal du dimanche, 26 juin 2020 [en
ligne]
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EXTRAIT |
La
mère de Maureen Phelan avait subi un magnifique lavage de
cerveau. Il n'avait pas été question un instant
qu'elle
préfère sa féminité
à son
Église ; elle se voua éperdument au
service de la
soutane comme si, en se ravalant, elle allait pouvoir
s'épargner
l'infamie de son sexe. […] C'était une
femme
bête et méchante. Charmant cocktail. Elle
s'appelait Una.
Les
parents d'Una habitaient juste en haut de la côte qui montait
de
la Blanchisserie-école industrielle, où
finissaient
toutes les filles perdues […]. Elle semblait nourrir
à la
fois une frayeur mortelle vis-à-vis de
l'établissement et
une vraie satisfaction de le savoir là, de même
qu'elle
croyait mordicus à l'enfer tout en se réjouissant
qu'il
ne concerne pas les femmes comme elle. Elle clamait que les
pensionnaires de la Blanchisserie allaient y apprendre
l'humilité dont elles étaient cruellement
dépourvues. Toutes les jeunes filles aux jupes un peu
courtes,
toutes celles qui se souciaient un peu de leur apparence
étaient
bonnes à finir derrière
les murs.
Elle avait moins de problèmes avec les
garçons :
c'étaient des êtres bornés dont il
fallait
soigneusement brider les instincts bestiaux.
Maureen
était la quatrième d'une fratrie de sept
enfants ;
malgré tous ses efforts, Una n'avait pas réussi
à
brider les pulsions de son mari selon son idéal rigide.
Una
Phelan était une mégère
effrayée, à
l'aise dans une Irlande mourante dont elle tentait
frénétiquement de mordre l'avenir. Pour elle, il
n'existait d'autorité que celle de la Sainte
Trinité : les curés, les nonnes, et les
voisins. Sa
génération fut la première de la toute
nouvelle
République, gavée d'Éamon de Valera
— dit Dev — et
l'archevêque McQuaid
— le primat d'Irlande —, les
génuflecteurs.
☐ pp. 172-173 |
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COMPLÉMENT
BIBLIOGRAPHIQUE |
- «
The glorious heresies », London : John
Murray, 2015
- «
Hérésies glorieuses », Paris :
Joëlle Losfeld, 2017
|
- «
Miracles du sang », Paris
: Joëlle Losfeld,
2018
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mise-à-jour : 15
décembre 2020 |
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