George Anson

Voyage autour du monde, 1740-1744

Éd. Utz

Paris, 1992

bibliothèque insulaire

      

errances
Voyage autour du monde 1740-1744 / George Anson ; version intégrale présentée par Hubert Michéa ; trad. française par Elie de Joncourt [1749]. - Paris : Utz, 1992. - 350 p. : ill., cartes ; 23 cm.
ISBN 2-909365-05-0

Les récits de Bougainville et Cook ont aujourd'hui partiellement éclipsé celui du voyage de George Anson qui pourtant suscita, en son temps, de vifs et notables échos.

Au gré d'une navigation souvent contrariée, il aborde à Juan Fernandez où son équipage poursuit des chèvres rescapées de l'élevage d'Alexandre Selkirk, le modèle de Robinson Crusoe. Puis, d'île en île, les vents et les objectifs de sa mission le poussent vers Tinian (Mariannes) ; la relation qu'il en donne inspira Jean Jacques Rousseau qui y lut une description de l'état de nature conforme à ses aspirations. Juste retour des choses, dans la Nouvelle Héloïse Saint-Preux embarque aux côtés du commodore.

Une vingtaine d'années plus tard, en « découvrant » Tahiti, Wallis et Bougainville relégueront Tinian à un rang plus modeste.

EXTRAIT

Il paraît par ce qui a été dit que la vie que nous menions dans cette île [Tinian] ne pouvait qu'être très agréable, quoique je n'aie pas encore fait mention de toutes ses productions. Nous jugeâmes devoir nous abstenir de poisson, parce que ceux qui en avaient mangé immédiatement après notre arrivée, s'en étaient trouvés un peu incommodés, mais nous étions suffisamment dédommagés de cette espèce d'abstinence par tant de différentes sortes d'animaux dont j'ai fait l'énumération. Outre la volaille, nous trouvâmes au milieu de l'île deux grands lacs d'eau douce remplis de canards, de sarcelles et de corlieux, sans compter les pluviers sifflants qui y étaient en quantité.

On sera apparemment surpris qu'un séjour si richement pourvu de tout ce qui peut contribuer à l'entretien de la vie et d'ailleurs si charmant, fût entièrement inhabité, surtout étant peu éloigné de quelques autres îles qui doivent en tirer une partie de leur subsistance. La réponse à cette difficulté est qu'il n'y a pas cinquante ans que cette île était encore peuplée. Les Indiens que nous avions pris nous assurèrent que les trois îles de Tinian, de Rota et de Guam fourmillaient autrefois d'habitants et que Tinian seule contenait trente mille âmes. Mais une maladie épidémique ayant emporté bien du monde dans ces îles, les Espagnols ordonnèrent à tous les habitants de Tinian de venir s'établir dans Guam pour y remplacer les morts. Il fallut obéir, mais la plupart tombèrent dans un état de langueur et moururent bientôt de chagrin d'avoir été obligés d'abandonner leur patrie et leur ancienne manière de vivre. Et il faut bien avouer qu'indépendamment de l'amour que tous les hommes ont pour leur terre natale, il y a bien peu de pays au monde qui méritent autant d'être regrettés que Tinian.

pp. 261-263

JEAN-JACQUES ROUSSEAU : J'ai séjourné trois mois dans une île déserte et délicieuse, douce et touchante image de l'antique beauté de la nature, et qui semble être confinée au bout du monde pour y servir d'asile à l'innocence et à l'amour persécutés ; mais l'avide Européen suit son humeur farouche en empêchant l'Indien paisible de l'habiter, et se rend justice en ne l'habitant pas lui-même.

« La Nouvelle Héloïse » — Quatrième partie, Lettre III à Madame d'Orbe, Paris : Flammarion (GF, 148), 1967 (p. 306)

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « A voyage round the world, in the years MDCCXL, I, II, III, IV » compiled by Richard Walter, Londres : John & Paul Knapton, 1748
  • « Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, par George Anson » publié par Richard Walter (…) traduit de l'anglais [par Elie de Joncourt], Amsterdam & Leipzig : Arkstée & Merkus, 1749

mise-à-jour : 10 septembre 2013

Vue de l'aiguade de l'île de Tinian
   ACCUEIL
   BIBLIOTHÈQUE INSULAIRE
   LETTRES DES ÎLES
   ALBUM : IMAGES DES ÎLES
   ÉVÉNEMENTS

   OPINIONS

   CONTACT


ÉDITEURS
PRESSE
BLOGS
SALONS ET PRIX