Henning Mankell

Profondeurs

Points - P2068

Paris, 2009

bibliothèque insulaire

   
îles désertes
parutions 2009
Profondeurs / Henning Mankell ; traduit du suédois par Rémi Cassaigne. - Paris : Points, 2009. - 347 p. ; 18 cm. - (Points, P2068).
ISBN 978-2-7578-1154-2
NOTE DE L'ÉDITEUR : Automne 1914. La Suède, malgré sa neutralité, craint d'être entraînée dans la guerre, car les flottes allemande et russe s'affrontent au large de ses côtes. Le capitaine Lars Tobiasson-Svartman reçoit la mission de sonder les fonds de la mer Baltique et de chercher une route maritime secrète à travers l'archipel d'Östergötland.

L'homme est hanté par l'idée de contrôle qu'il exerce en mesurant tout ce qui l'entoure, les masses, le temps, les distances entre les lieux, les objets et les êtres (sa femme Kristina restée à Stockholm). Mais lorsqu'il découvre Sara Fredrika vivant seule sur une île désolée, la présence de cette femme très vite l'obsède et il devient son amant. Le fragile couvercle qu'il maintenait sur son « abîme » intérieur se soulève et son univers tiré au cordeau vole en éclats. D'allers et retours entre l'île et Stockholm, il s'invente des missions secrètes. De mensonge en mensonge — à Sara Fredrika, à Kristina, qui perd la raison, à l'amirauté qui le pousse à démissionner —, Tobiasson perd pied, sombre dans la folie et se suicide par noyade.

Dans ce récit sobre et parfaitement construit, porté par une intensité émotionnelle constante, Henning Mankell [1948-2015] se mesure ici avec les plus grands auteurs suédois contemporains, Torgny Lindgren et Per Olof Enquist.
Pour Gérard Meudal (Le Monde, 25 janvier 2008), Profondeurs est « un livre qui, sous couvert d'aventures maritimes et de cartographie des routes militaires, invite à la réflexion sur la nécessité périlleuse de l'engagement ». Lucy Ellmann (New York Times review of books, 15 avril 2007) est plus réservée : « It's Dr. Zhivago with fishing nets and no revolution ». 
EXTRAIT    C'est alors que la porte s'ouvrit. Une femme sortit, une hache à la main. Elle portait une jupe grise et une blouse chiffonnée, ses cheveux blonds étaient noués en une longue tresse qui disparaissait sous la blouse. Elle le vit et poussa un cri. Mais elle n'avait pas peur et ne leva pas la hache.
   Tobiasson-Svartman était confus. Sans savoir pourquoi, il se sentait pris la main dans le sac. Touchant la visière de sa casquette, il salua.
   — Je n'avais pas l'intention de venir en cachette, dit-il. Je m'appelle Lars Tobiasson-Svartman, je suis capitaine, je viens du navire qui mouille là-bas, à l'est de l'îlot.
   Elle avait les yeux clairs et soutenait son regard.
   — Qu'est-ce que vous fabriquez ? J'ai vu le bateau. Ça fait des jours qu'il est là.
   — Nous mesurons le fond pour voir si les cartes marines sont fiables.
   — Je n'ai pas l'habitude de voir des bateaux dans les parages. Encore moins d'avoir des gens sur l'île.
   — C'est à cause de la guerre.
   — Quelle guerre ?
   Il vit bien qu'elle était de bonne foi : elle ne savait pas. Elle sortait d'une cabane sur l'îlot d'Halsskär et n'était pas au courant.
   Avant de lui répondre, il jeta un coup d'œil vers la porte pour voir si le mari allait sortir.
   — Il y a une guerre depuis plusieurs mois, dit-il. De nombreux pays sont concernés. Dans la Baltique, ce sont surtout les flottes russes et allemandes qui se cherchent pour un combat décisif.
   — Et la Suède ?
   — Nous restons en dehors. Mais personne ne sait pour combien de temps encore.
   Ils se turent. Elle était jeune, elle n'avait pas trente ans. Son visage était grand ouvert, comme sa voix.
   — Comment va la pêche ? demanda-t-il poliment.
   — Difficile.
   — Il n'y a pas de harengs ? Et la morue ?
   — Il y a du poisson, mais c'est difficile.
   Elle posa la hache sur un billot. À côté, il y avait des branches d'arbre et du bois échoué, pour servir de combustible.
   — Je n'ai pas souvent de visite, dit-elle. Je n'ai rien à vous offrir.
   — Ce n'est pas la peine. Je vais retourner sur mon bateau.
   Elle le regarda. Il se dit que son visage était beau.
   — Je m'appelle Sara Fredrika, dit-elle. Je n'ai pas l'habitude des gens.
   Elle tourna les talons et disparut dans la maison.

pp. 66-67
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Djup », Stockholm : Leopard Förlag, 2004
  • « Profondeurs », Paris : Seuil, 2008
  • « Les chaussures italiennes », Paris : Seuil, 2009 ; Paris : Points (P2559), 2011
  • « Les bottes suédoises », Paris : Seuil, 2016

mise-à-jour : 19 septembre 2016

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