Gerry Adams

Une voix pour la paix en Irlande du Nord

Coop Breizh

Spézet, 1998

bibliothèque insulaire

   
Irlande
parutions 1998
Une voix pour la paix en Irlande du Nord / Gerry Adams ; trad. de l'anglais (Irlande) par Aude Le Dubé. - Spézet : Coop Breizh, 1998. - 240 p. ; 22 cm.
ISBN 2-84346-062-X

REGARDS, N° 43, FÉVRIER 1999 : Ce livre rassemble les chroniques hebdomadaires écrites par le président du Sinn Fein, de 1993 à 1997, pour un journal américain destiné essentiellement aux Américains d'origine irlandaise. Cela est en soi révélateur et sur le Sinn Fein et sur les Etats-Unis. Tenons-nous en au Sinn Fein : la stratégie de lutte armée, qui faisait de cette organisation la simple vitrine politique de l'IRA, s'essouffle dès le début des années 1980. L'émotion considérable soulevée par les grèves de la faim en 1981 a révélé le poids d'une opinion publique internationale qu'il s'agissait de ne pas s'aliéner. Le choix du Sinn Fein, choix profondément nationaliste, a été de travailler prioritairement en direction de la diaspora irlandaise aux Etats-Unis, incontournable électoralement. Le fait que Gerry Adams en personne ait écrit ces articles reflète cette priorité politique.

[…]

Adams excelle à commenter l'actualité au fil de la semaine, dans des chroniques très politiques, d'une grande fermeté de ton, sans que la personnalité de l'auteur s'efface complètement : un homme qui prend au sérieux sa cause mais pas sa personne, attaché aux valeurs familiales, aux commémorations, à la dimension symbolique des lieux et des rencontres.

Surtout, Gerry Adams se livre à un remarquable travail de rigueur politique. Il n'a pas son pareil pour dénoncer les discours lénifiants qui renvoient dos à dos agressés et agresseurs, pour dénier à tel ou tel homme politique britannique le droit de parler au nom d'un pays qui n'est pas le sien — tout cela sans jamais plus d'agressivité que nécessaire. On apprend ainsi au cas par cas, et c'est la véritable richesse du livre, à décortiquer la langue de bois colonialiste, qui transforme par exemple les provocations en représailles. Gerry Adams est un Roland Barthes engagé. On apprend aussi à voir comment les coups médiatiques peuvent servir à éclipser les enjeux politiques.

Le livre a toutefois des limites, dues aux fonctions mêmes de son auteur ; soucieux de se faire reconnaître comme un partenaire politique à part entière, Gerry Adams évite de s'engager trop précisément sur les sujets susceptibles de diviser l'opinion nationaliste : options économiques, positionnement par rapport au mouvement ouvrier […] ; et si sa solidarité envers les nationalistes basques est clairement affirmée […], il ne dit rien de Cuba, ou du rôle des USA en Amérique centrale (risquant de se placer ainsi en porte-à-faux de l'opinion publique irlandaise).

Cela étant, on ne peut que se féliciter du souci très ferme qu'il manifeste de voir les pourparlers de paix s'ouvrir largement au mouvement social et culturel dans la diversité de ses composantes. De même, la réalité d'une opinion publique loyaliste est de plus en plus prise en compte au fil du livre, avec l'idée qu'on ne fera pas l'économie de concessions mutuelles et la référence de plus en plus appuyée à la démocratie. Tel qu'il est, ce livre montre sur le vif l'effort, nécessairement contradictoire, consenti par le mouvement nationaliste pour s'orienter vers l'avenir sans renier ses racines ni son identité. Difficile et nécessaire mutation.

Jean-Michel Galano

COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « Sur la route de Belfast : carnets de prison », Paris : Éd. Austral, 1994
  • « Irlande libre : vers une paix durable », Rennes : Apogée ; Spézet : Coop Breizh, 1996
  • « Notre jour viendra », Paris : Flammarion, 1996
  • « La rue, et autres nouvelles », Bayonne : Gatuzain, 2000

mise-à-jour : 30 mars 2005
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