Makenzy Orcel

L'ombre animale

Zulma

Paris, 2016

bibliothèque insulaire

   
Haïti
parutions 2016
L'ombre animale / Makenzy Orcel. - Paris : Zulma, 2016. - 334 p. ; 19 cm.
ISBN 978-2-84304-757-2
je ne suis pas morte
je vais à ma rencontre


p. 334

Sur son lit de mort, une insoumise vouée au silence durant sa trop courte vie, entame un monologue en interpellant les membres de sa famille — Makenzy son père, Toi sa mère, Orcel son frère. Puis comme une spire qui se déploie, le récit s'ouvre à d'autres figures dont l'évocation précise cruellement l'image d'un bourg perdu au cœur de la campagne d'Haïti — l'Autre, le Maître d'école, l'Envoyé de Dieu. Abandonnée aux marges du temps, la communauté assiste impuissante à la disparition des derniers symboles d'une vie populaire amicale, au point pour certains d'y contribuer activement

L'histoire que livre le monologue de l'insoumise n'esquive aucune compromission, aucun renoncement, aucune défaillance ; jusqu'au dénouement où les uns et les autres perdent certitudes et raisons de vivre. Un temps perçue comme un point d'échappée, la ville n'est plus qu'un irrévocable terminus où s'échouent les rêve.
INCIPIT
l'odeur d'oignon frit de la mort

je suis le rare cadavre ici qui n'ait pas été tué par un coup de magie, un coup de machette dans la nuque ou une expédition vaudou, il n'y aura pas d'enquête, de prestidigitation policière, de suspense à couper le souffle comme dans les films et les romans — et je te le dis tout de suite, ce n'est pas une histoire —, je suis morte de ma belle mort, c'était l'heure de m'en aller, c'est tout, et maintenant que je ne suis plus de ton monde où l'on monopolise tout — les chances, la parole, l'amour, le pouvoir — et que j'ai enfin droit à la parole, à un peu d'existence, je vais parler, parler sans arrêt, laisser mes mots voguer, aller au-delà de leur limite, rien ne pourra plus m'en empêcher, même la rigueur du temps, sa tendance à tout restituer, oui moi, inerte, allongée sur ces haillons que j'ai toujours eu du mal à appeler un lit, je ne sais plus depuis combien de temps, dans le noir de cette chambre refermée sur moi comme une tombe, une camisole de force, une éternité, une seconde, je ne saurais le dire, je l'ignore, est-ce si important, qu'est-ce qu'un tas de puanteur en a à foutre, et puis mieux vaut ne rien savoir, ne pas chercher à expliquer, voilà pourquoi, et peut-être pour d'autres raisons qui peuvent paraître plus évidentes qu'elles ne le sont vraiment, j'ai choisi de te parler à toi […]

pp. 11-12
COMPLÉMENT BIBLIOGRAPHIQUE
  • « La nuit des terrasses », Lille : La Contre-allée (La Sentinelle), 2015
  • « Les latrines », Montréal : Mémoire d'encrier, 2011
  • « A l'aube des traversées, et autres poèmes », Montréal : Mémoire d'encrier, 2010
  • « Les immortelles », Montréal : Mémoire d'encrier, 2010 ; Paris : Zulma, 2012
  • « Sans ailleurs », Port-au-Prince : Arche collectif, 2009
  • « La douleur de l'étreinte », Port-au-Prince : Henri Deschamps, 2007

mise-à-jour : 8 février 2016

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